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Histoire d'un virage

2008-2013

Intégration des littératies multiples à une définition de l’alphabétisation familiale en contexte francophone minoritaire

Note : Cette présente page est un sommaire du document rédigé par Suzanne Dionne-Coster et intitulé Intégration des littératies multiples à une définition de l’alphabétisation familiale en contexte francophone minoritaire » Télécharger ce document

Littératies multiples Le concept des littératies multiples est inspiré des travaux de Diana Masny (1995, 2000, 2001) et de Monique Lebrun (2004).

La Fédération canadienne pour l’alphabétisation en français (FCAF) et son Réseau d’experts en alphabétisation familiale se sont greffés au concept des littératies multiples en 2003. À ce jour, ils ont intégré le concept des littératies multiples :

  • dans l’élaboration d’une définition collective de l’alphabétisation familiale en contexte francophone minoritaire;
  • dans la formation offerte aux intervenants et aux gestionnaires portant sur les fondements de l’alphabétisation familiale dans un contexte minoritaire francophone (2004), adaptation d’une formation offerte par le Centre for Family Literacy d’Edmonton, en Alberta;
  • dans le troisième axe d’intervention du Réseau d’experts ayant trait à la recherche et à l’analyse. (En février 2004, les membres d’un comité consultatif de recherche sur l’éveil à l’écrit se sont rencontrés pour cibler les grandes orientations de recherche; deux des orientations adoptées portent sur le concept de la littératieé.

La définition
Dans le manuel sur les fondements de l’alphabétisation familiale, on définit l’alphabétisation familiale comme suit :

Par l’alphabétisation familiale, on entend une démarche menée auprès d’un adulte significatif dans la vie d’un enfant. Cette démarche vise à développer trois formes de littératie, soit la littératie culturelle, la littératie scolaire et la littératie communautaire. Le développement de ces formes de littératie aidera l’adulte à mieux comprendre sa vie en tant que francophone en milieu minoritaire. L’adulte sera aussi conscientisé à l’importance de poser les gestes qui amélioreront ses conditions de vie et celles de ses enfants. Grâce à l’alphabétisation familiale, l’adulte sera mieux préparé à occuper la place de premier éducateur de son enfant. L’enfant est le bénéficiaire direct de la démarche d’alphabétisation familiale, puisque l’adulte sera en mesure à la fois de poser un regard critique et d’agir sur son environnement.

L’adulte améliorera non seulement ses capacités à s’exprimer en français, mais aussi ses compétences en lecture, en écriture et en calcul. En plus, il sera en mesure de contribuer plus activement au développement de sa communauté. (Chapitre 1, p. 34)

Explication de la définition
Par l’alphabétisation familiale, on entend une démarche menée auprès d’un adulte significatif dans la vie d’un enfant. Très générale, la première partie de la définition se retrouve à peu de choses près dans toutes les définitions tentant de cerner le domaine de l’alphabétisation familiale. La démarche menée auprès d’un adulte sous-entend la présence d’un intervenant ou d’un gestionnaire qui appuie l’adulte et sa famille, par le truchement d’un programme ou d’un modèle d’alphabétisation familiale. L’expression « adulte significatif » désigne une personne qui a un lien constant et émotif avec l’enfant. Cet adulte peut être le parent ou un membre de la famille élargie de l’enfant ou de sa communauté.

Cette démarche vise à développer trois formes de littératie, soit la littératie culturelle, la littératie scolaire et la littératie communautaire.
Cette partie de la définition présente les fondements sur lesquels la FCAF souhaite que les intervenants et les gestionnaires appuient tous les programmes d’alphabétisation familiale en contexte francophone minoritaire, programmes correspondant aux six axes d’intervention que se donne le Réseau d’experts : capacités organisationnelles, réseautage et partage des connaissances,  recherche et analyse, formation des intervenants, élaboration de programmes ou de modèles, et promotion.

Mentionnons d’abord qu’en utilisant le terme « littératies multiples » on adopte en même temps la perspective théorique à l’intérieur de laquelle se situe ce terme. La « littératie » est un « acte de construction de sens » (Masny, 2001) qui tient compte du contexte social et culturel entourant la personne qui valorise, parle, lit, écrit et agit dans son monde. De là vient qu’il est important de parler de la littératie au pluriel, car la personne vit dans une multitude de contextes : son foyer, son cercle d’amis, son voisinage, son école, sa communauté, son milieu de travail, et bien d’autres encore. Chaque contexte comporte des valeurs et des façons de faire et de dire qui lui sont propres. Dans cette optique, on ne peut donc plus concevoir l’alphabétisation familiale comme un processus qui se déroule en vase clos, axé uniquement sur le code de l’écrit, identique pour tous les individus et toutes les familles, quels que soient leur histoire, leur culture et leur parcours de vie.

Pour l’adulte significatif dans la vie d’un enfant qui vit en milieu francophone minoritaire, tout ce qui relève de son processus d’alphabétisation, dans le sens traditionnel du terme (qui concerne de façon restreinte l'habileté à lire et à écrire), est directement influencé par le milieu social et culturel dans lequel il a évolué dans le passé, évolue à l’heure actuelle et évoluera plus tard. Ce milieu social et culturel, qui varie d’une personne à l’autre, comporte des caractéristiques dont le gestionnaire et l’intervenant en alphabétisation familiale doivent tenir compte afin de mieux accompagner la personne dans son processus de construction de ses littératies multiples.

Concrètement, pour aider l’adulte et sa famille à se prendre en main, il faut tenir compte de l’histoire personnelle et commune des francophones, de ce qu’ils valorisent dans leur foyer, leur famille d’origine et leur communauté actuelle, de la façon dont ils se perçoivent et se croient perçus par les autres, des dynamiques présentes au sein du foyer et des liens du foyer avec la communauté.

Diana Masny, en ce qui a trait à la pédagogie des littératies multiples, parle de la littératie personnelle, scolaire et communautaire. La définition de la FCAF comprend les littératies suivantes :

La littératie personnelle : C’est la façon dont une personne porte un regard critique sur ce qui est écrit et diffusé, sur les événements, les paroles et les actions des individus, dans le but de transformer sa réalité. La FCAF et son Réseau d’experts ne mentionnent pas cette littératie dans leur définition, car elle fait partie intégrante de la définition du mot « littératie ». Elle est donc sous-jacente aux autres littératies (culturelle, scolaire, communautaire).

La littératie scolaire (collégiale ou autres) : Elle consiste à apprendre à parler, à lire, à écrire, à faire des calculs et à utiliser les nouvelles technologies dans le but de prendre sa vie en main, par exemple trouver un travail, améliorer ses compétences, mieux jouer son rôle de parent, jouer un rôle actif dans sa communauté.

La littératie communautaire : C’est la façon d’apprécier, de comprendre et d’utiliser les manières de parler, de lire, d’écrire, d’agir des groupes particuliers et de les valoriser.

La littératie culturelle
La définition de la FCAF et de son Réseau d’experts comporte l’expression « littératie culturelle » (Lebrun, 2004). Monique Lebrun a introduit ce concept lors de ses recherches portant sur l’évolution des pratiques de fréquentation des bibliothèques et du développement de la littératie à l’adolescence. Selon cette chercheuse, la littératie culturelle dépasse la définition de la littératie donnée par Donald Hirsch Jr. (1987), qui ne tient compte que de la culture élitiste. Elle croit que les œuvres de la culture populaire sont importantes et qu’elles peuvent faire progresser les jeunes en littératie.

Dans la définition de la FCAF, Yvon Laberge applique l’expression « littératie culturelle » à la francophonie minoritaire. Il explique ce choix comme suit :

Lorsque que nous parlons de littératie culturelle, nous nous référons à la reconnaissance de la culture dans laquelle nous vivons en tant que francophones, en opposition avec la culture élitiste francophone ou la culture anglo-dominante. Les francophones de l’Alberta, par exemple, se sentent souvent marginalisés par rapport aux Québécois ou aux Français (« Mon français n'est pas si bon » ou « On parle mal »). D’un autre côté, les Chiacs sont amenés à croire qu’ils ne parlent pas un « bon français ». Ne reconnaissant pas la particularité de son milieu et de sa situation, la personne marginalisée ne manifeste pas ouvertement sa culture. Elle peut choisir de parler plutôt en anglais et elle a peur d'écrire en français par crainte de commettre des erreurs. (Laberge, juin 2006)

Le développement de ces formes de littératies aidera l’adulte à mieux comprendre sa vie en tant que francophone en milieu minoritaire. L’adulte sera aussi conscientisé à l’importance de poser les gestes qui amélioreront ses conditions de vie et celles de ses enfants.
Dans tous les contextes de sa vie (personnels, familiaux, scolaires et communautaires), l’adulte a besoin de comprendre les facteurs sociaux qui influent sur sa vie, sur lui-même et sur les membres de sa famille, et ce qu’il peut faire pour atteindre les buts qu’il a fixés pour lui et sa famille.

Bien que la recherche dans le domaine de la francophonie minoritaire n’en soit qu’à ses débuts, les informations actuellement disponibles nous permettent de réfléchir sur notre situation de francophones minoritaires et de faire des choix linguistiques, identitaires et culturels de plus en plus éclairés, pour notre propre bien-être et celui de notre famille. L’adulte qu’on incite à porter un regard critique sur le passé, le présent et le futur possible de sa famille et de sa communauté peut davantage faire face à sa propre vie, poser des gestes concrets pour assurer un avenir prometteur à sa famille et le renouvellement de sa communauté.

 

Grâce à l’alphabétisation familiale, l’adulte sera mieux préparé à occuper la place de premier éducateur de son enfant. L’enfant est le bénéficiaire direct de la démarche d’alphabétisation familiale, puisque l’adulte sera en mesure à la fois de poser un regard critique et d’agir sur son environnement.

 

L’adulte est le premier éducateur de l’enfant et le foyer, son premier lieu d’apprentissage. L’adulte outillé d’informations à jour et de stratégies concrètes au sujet de la francophonie minoritaire, de son rôle de parent, de l’émergence de l’écrit, du développement de l’enfant et de ce qui existe comme ressources et services en français dans sa communauté aura la possibilité d’agir sur son milieu afin d’améliorer sa vie et celle de ses enfants. L’information et les stratégies, jumelées à des forums de discussion où il peut dialoguer avec ses pairs et les intervenants en alphabétisation familiale lui permettent de porter un regard critique sur le monde et de se créer des outils pour prendre sa vie en main.

Dans le même ordre d’idées, le concept des littératies multiples est intéressant pour la francophonie minoritaire, compte tenu de la composante critique et de l’aspect transformateur qui lui sont inhérents.

Le francophone en milieu minoritaire doit apprendre à vivre avec le fait que sa culture et sa langue diffèrent de celles de la majorité et à transformer sa situation à son avantage. Pour la personne non conscientisée, cet état de fait peut donner lieu à une pauvre estime de soi, à un sentiment d’exclusion, à l’assimilation à la langue et à la culture dominantes et à une forme d’ambiguïté quant à son identité culturelle.

Le francophone en milieu minoritaire qui développe son regard critique et apprend à lire non seulement les textes écrits, mais aussi son « monde », se donne la possibilité, ainsi qu’à sa famille, de vivre sa différence de façon positive, d’accéder à un bilinguisme additif plutôt que soustractif et de contribuer au renouvellement de la francophonie.

 

L’adulte améliorera non seulement ses capacités à s’exprimer en français, mais aussi ses compétences en lecture, en écriture et en calcul. En plus, il sera en mesure de contribuer plus activement au développement de sa communauté

 

Le concept de l’alphabétisation familiale est beaucoup plus large que le concept traditionnel de l’alphabétisation. Le langage oral, lié étroitement à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, occupe une place importante dans tout programme d’alphabétisation familiale en contexte francophone minoritaire. Comme les francophones en milieu minoritaire ont souvent peu d’occasions d’utiliser la langue française et de l’entendre parler autour d’eux, il importe de mettre particulièrement en évidence cet aspect dans les programmes, qu’il s’agisse des programmes de francisation pour les adultes voulant améliorer ou conserver leur français, ou des programmes de refrancisation destinés aux francophones ayant perdu l’usage du français.

L’adulte qui acquiert des compétences pour fonctionner en français, à l’oral comme à l’écrit, se donne la possibilité de participer pleinement à la vie de la communauté francophone et à son renouvellement. Il contribue ainsi à bâtir une communauté francophone viable et vitale qui pourra soutenir sa famille et toutes les autres familles à venir.

Le Réseau d’experts a été mis sur pied en 2003. Il se compose des groupes membres de la FCAF et d'autres experts en alphabétisation familiale.

Le comité consultatif vise à ce que les recherches répondent à quatre questions clés :

  • Que veut-on promouvoir chez l’adulte?
  • Que veut-on promouvoir chez l’enfant?
  • Que veut-on promouvoir dans la famille?
  • Que veut-on promouvoir dans le milieu?