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Lauréate du Prix de la francophonie en alphabétisation 2006

Carmen Lemyre, Kirkland Lake (Ontario)

Bonjour,

Mon nom est Carmen Lemyre. Je demeure à Swastika. Depuis octobre 2002, je fais partie du centre : « La Clé à Mots-Lettres ». Si quelqu’un m’avait dit un jour que je retournerais à l’école, je l’aurais probablement envoyé promener. Je tiens à vous informer, que je n’ai pas beaucoup aimé l’école dans ma jeunesse. J’avais tellement de misère dans mon apprentissage, surtout en mathématiques. C’est la matière dans laquelle j’avais le plus de difficulté. Je devais l’approfondir deux fois plus que les autres pour obtenir mon 60 %. Malgré tout, je suis une personne assez optimiste, communicative, joviale, loyale et fidèle dans mes engagements.

J’ai toujours eu la bougeotte et je déteste l’oisiveté. Il y a quatre ans, à la suite d’un accident cérébro-vasculaire, je me suis donc décidé à réintégrer l’école. Je ne pouvais plus retourner sur le marché du travail. Un jour, je me suis renseignée auprès d’une amie, où je pourrais compléter mes études. Elle m’amena dans une école anglaise et de là, eux, m’ont donné l’information sur le centre : « La Clé à Mots-Lettres ». Avec les indications, je m’y suis présentée le jour même. J’ai rencontré la coordonnatrice, Linda Garant Dufour. Je lui décrivais ma condition. Je lui ai affirmai, que je désirais terminer mon secondaire. Ce jour-là, elle me fit faire un test de dépistage. Quelques jours plus tard, elle me téléphona pour me demander quand je serais prête à commencer. Elle m’expliqua, qu’en n’ayant pas assez d’apprenants de mon niveau à Kirkland Lake, je devais voyager jusqu’à Virginiatown. Je fus enchantée de commencer ma formation.

Pendant la première année, mon éducation se déroula dans ce centre. La formatrice qui m’enseigna, me donna le goût d’en apprendre davantage. Elle débordait de joie et émanait beaucoup d’optimisme. C’est pourquoi, chaque matin, je me levais plein d’allégresse. J’avais toujours hâte d’être à l’école pour m’instruire davantage et rencontrer les autres apprenants. Tous les petites trucs, aussi bien en français qu’en mathématiques, qu’elle développait, m’apprenaient à saisir bien plus vite les notions. Bien sûr, ses explications étaient parfaitement bien élaborées.

Ce que j’aimais énormément, c’était les dictées qu’elle écrivait au tableau, avec des fautes déjà incluses, où l’on devait trouver les erreurs. Par la même occasion, nous devions analyser les phrases. Chaque apprenant(e) prenait plaisir à exploiter toutes les explications qui me furent données. L’avantage est que j’avançais un peu plus vite que je l’avais prévue. J’obtenais de très bons résultats. Je pouvais aider ceux qui en avaient besoin. C’était très intéressant et captivant. Les méthodes qu’elle employait m’ont permis de profiter de ses conseils judicieux. Jusqu’à aujourd’hui, malgré les techniques que j’ai apprises, il m’arrive parfois d’oublier certains petits détails. Savoir écrire correctement est très important pour moi.

Depuis deux ans et demi, je suis intégrée au centre de Kirkland Lake. J’ai beaucoup amélioré mes connaissances en français et je m’aperçois de plus en plus, que mes textes sont mieux structurés. Il m’arrive de temps à autre, de reprendre les gens, lorsqu’ils ne s’expriment pas convenablement. Il m’est plus facile de les corriger, puisque j’ai appris à construire des phrases de manière plus adéquate. J’en suis très fière. Je leur explique combien il est important pour moi, de bien apprendre à parler correctement notre langue française. Je les invite également à venir nous rencontrer au centre.

En calcul, mon nouveau formateur avait entendu parler de mon indifférence que j’avais pour les mathématiques. Il essayait de m’encourager en me faisant répéter : « J’aime les mathématiques, j’aime les mathématiques ». Sans en être bien convaincu, je répétais : « J’aime les mathématiques ». En disant ces paroles, je le regardais avec le visage tout souriant, en lui faisant des grimaces. Au milieu du mois de septembre 2005, je devais commencer l’algèbre. Oh ! Là, là. Ce n’était vraiment pas la branche où j’excellais le plus. Après des heures et des heures de multiples efforts, et beaucoup de casse-tête, j’ai complété les trois modules que j’appréhendais le plus. Enfin, au mois de janvier 2006, j’effectuai les trois examens avec une moyenne de 91 %. Croyez-moi ou non, je n’ai pas eu besoin d’aller chez le coiffeur pour me faire teindre les cheveux. J’ai des cheveux blancs qui ont poussés tout seul ! Ah ! Ah ! Ah ! Malgré tout, j’adore venir à mes cours.

Mon nouveau but est de devenir secrétaire de bureau. Je dois donc apprendre l’informatique. Les informations prisent pour connaître les exigences demandées par les employeurs sont : le traitement de texte, le tableur et les bases de données. Pour en apprendre davantage, je pratique à l’ordinateur chaque fois que j’en ai l’occasion. Ce n’est pas toujours facile. J’ai des problèmes à me rappeler le nom des logiciels. Il m’arrive de mêler le tableur avec la base de données. Assurément, lorsque je suis embêtée dans ma formation, je fais appel au formateur. Que de fois, ai-je dû refaire le même exercice pour mieux l’approfondir ? J’en apprends toujours mais, il m’en reste amplement à parcourir. Le logiciel que j’aime le plus pour créer, c’est PowerPoint. Que dire de la patience, de l’indulgence de notre formateur ! Je bénéficie donc, de toute l’aide nécessaire pour parvenir à mes objectifs. J’y persévère jour après jour. Quel que soit le temps que j’y mettrai, je suis persuadée, que je gagnerai cette victoire.

Du lundi au jeudi, vingt-quatre heures par semaine, j’étudie en atelier. Cela me permet de distinguer mes forces et mes faiblesses. Évidemment, avec les merveilleux formateurs, qui me soutiennent, ma qualité de vie est incomparable. Elle se pare de toutes les couleurs. C’est vraiment fabuleux.

Les cours offerts aux adultes sont pour moi : merveilleux, tellement enrichissants et bénéfiques. Il y a environ trois semaines, en parlant avec une de mes clientes du centre de santé, je lui décrivais les activités qui se déroulent au centre. Elle en fut enthousiasmée. Elle me posa tant de questions, que nous avons parlé presque une heure de plus que d’habitude. Dès le lendemain, je la présentai à la coordonnatrice. Chaque après-midi, je la transportais et la ramenais à la maison. Un jour, elle fit une chute dans l’escalier, et se retrouva à l’hôpital. Elle y est encore. Je prie pour qu’elle se rétablisse rapidement.

Dans mes temps de loisirs, j’accomplis beaucoup de bénévolat. J’adore cela. Lors de l’assemblée générale annuelle, en 2002, j’ai été élue au poste de représentante des apprenantes sur le conseil d’administration de l’organisme. J’ai accepté, car j’aime énormément entreprendre de nouvelles expériences. Je ne savais vraiment pas dans quoi je m’embarquais. Je me souviens de la première réunion. Mon Dieu ! Sur quelle planète avais-je atterri ? C’était comme si je me retrouvais avec des Chinois. Il y avait tellement de mots que je ne saisissais pas. Peu à peu, je m’initiais à ces nouveaux termes. Deux ans plus tard, je fus mandatée comme secrétaire. Ce fut une expérience extraordinaire. Que de nouveautés, de découvertes fantastiques pour moi qui n’y connaissais absolument rien ! Aujourd’hui, j’en fais toujours partie, comme administratrice.

À toutes les deux semaines, à l’église, je joue de la guitare et je chante. Pendant deux ans, j’ai accompagné les jeunes pour leur première communion. J’ai dû abandonner pour raison de santé et ça me manque énormément. Selon la circonstance, les accompagnatrices m’appellent à l’occasion pour les seconder. Lorsque je vois la joie qui brille dans les yeux de ces jeunes, cela me fait chaud au cœur.

Occasionnellement, je me joins comme volontaire pour le bingo de la paroisse ou bien celui, des Filles d’Isabelle. Chaque fois que je circule dans les rangées, pour vendre les cartes, il y en a toujours pour me taquiner ou me raconter des histoires. Pour moi, c’est une relaxation que de me retrouver parmi tous ces gens. J’aime être en contact avec le public. Le temps passe tellement vite, que je suis parfois surprise de constater que la soirée est finie.

Avec le Centre Culturel « La Mine d’Art », je fais partie également du comité. Je m’implique surtout dans les activités. Chaque année, il organise le festival Autochtone qui se déroule à Larder Lake. Tout se passe à l’extérieur. Cette année aura lieu la troisième édition.

Au Centre de santé communautaire du Timiskaming, je véhicule les clients qui ont un rendez-vous médical dans la région ou à l’extérieur. La joie reflète sur leur visage lorsqu’ils me voient arriver.

Je fais aussi du bénévolat avec les personnes âgées. En ce moment, je m’occupe spécialement d’une dame de quatre-vingts ans. Je vais la chercher à la résidence chaque vendredi. Nous allons faire du magasinage et nous nous rendons souper au restaurant.

Aujourd’hui, je me sens privilégiée. C’est incroyable ce que l’atmosphère, les encouragements, la communication, le rire, le partage, l’estime que l’on me porte et la chaleur des gens, a contribué à transformer ma vie. Grâce à tout cela, j’ai réussi à surmonter mes terreurs sur les mathématiques et je progresse de plus en plus en français. Je tiens à remercier mon formateur Hugo et ma coordonnatrice Linda pour le soutien et le support qu’ils m’apportent. Ce que j’apprends et que j’apprendrai dans l’avenir me sera toujours bénéfique. Toutes ces ressources ont amélioré la qualité du français dans mes textes dans un style plus approprié. Je suis fière d’être française et de faire partie du centre : « La Clé à Mots-Lettres ».

Carmen Lemyre

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