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La Journée de l'alphabétisation familiale

le 27 janvier 2012 » voir

Lauréate du Prix de la francophonie en alphabétisation 2006

Mélissa Paulin , Paquetville (Nouveau-Brunswick)

L'alphabétisation

Ne pas savoir lire ou écrire est très pénible de nos jours, c’est la raison principale qui m’a décidée à retourner étudier. Améliorer mon éducation a vraiment changé mon style de vie. Depuis le début de mes études, j’ai pris énormément d’assurance et de confiance en moi. J’en suis si fière que j’ai même convaincu mes connaissances à faire comme moi. J’ai même participé à des activités de bénévolat et à des activités sociales.

Moi ce qui m’a particulièrement incitée à apprendre à lire et à écrire, c’est que plusieurs de mes amies ont graduées. Souvent lorsque j’étais avec elles, je préférais rester à l’écart car elles parlaient beaucoup de leurs cours ou de certaines matières qu’elles avaient trouvées difficiles et moi je me sentais mal à l’aise parce que je ne savais même pas écrire correctement. De plus, elles ne me demandaient jamais mon opinion sur leurs choix de carrière, c’était comme si je n’étais pas assez intelligente pour pouvoir donner une bonne opinion. Donc, je restais de plus en plus en reculs et je me refermais sur moi-même. Souvent quand je me retrouvais seule, je me trouvais nulle et je pleurais en me disant : « Pourquoi je n’ai pas pu aimer l’école et faire comme elles ? » J’en étais venu à refuser leur compagnie aussi souvent que possible parce que je me trouvais de plus en plus à part.

C’est après plusieurs refus d’emploi qu’une copine m’a dit que je devrais peut-être essayer de voir un conseiller pour discuter de ma situation. Elle m’a aussi dit que je pourrais peut-être même me faire admettre à des cours d’alphabétisation. Au début, j’ai trouvé l’idée complètement stupide car je pensais que ce serait encore plus humiliant pour moi de dire à mes amies que j’allais à ces cours, mais à ma grande surprise elles étaient si fière de moi que j’en suis restée bouche bée. Cela n’a pas été très facile pour moi car j’avais quand même un certain orgueil, mais quand j’ai vu que mes amies étaient sincères et qu’elles ne se moqueraient pas de moi ça m’a donné confiance. Enfin, je pourrais leur prouver qu’un jour, moi aussi j’aurais un bon emploi.

Depuis que je me suis prise en main, j’ai davantage confiance en moi. Je n’ai plus les mêmes angoisses, car avant, par exemple, je devais toujours surveiller de ne pas laisser ma liste de choses qui me manquaient à la vue par malheur que quelqu’un la trouve. C’était toujours la même chose, on se moquait de moi et la plaisanterie pouvait durer assez longtemps. Je sais que pour certains c’était seulement pour me taquiner mais moi ça me blessait énormément. Combien de fois j’en ai pleuré de rage et d’humiliation ! Maintenant, je sais que je suis sur la bonne voie pour remédier à ces situations. J’ai moins peur d’affronter certaines situations et je peux aussi répondre correctement à mes petites nièces lorsqu’elles me posent des questions sur leurs devoirs. Je n’ai plus besoin de répondre « Pauvres chouettes, ma tante n’a pas le temps de vous aider ». Au lieu de leur avouer que j’en étais incapable, maintenant, je peux les aider et ça m’a même rapproché d’elles. La vie est complètement différente et je n’aurais jamais imaginé avoir autant de soutien. Ça fait tellement bizarre de ne plus être aussi dépendante des autres pour des petites choses simples comme remplir un formulaire chez le dentiste ou signer un commentaire dans un restaurant. Ils disent que quand tu n’es pas bien dans ta peau ça se reflète sur ta personnalité.

Je suis sure que mon expérience ne peut faire autrement qu’encourager d’autres à faire la même chose. J’ai déjà convaincu des connaissances à faire comme moi, mais ce dont je suis la plus fière c’est que mon petit ami soit retourné se perfectionner lui aussi et en plus ma belle-sœur va commencer des cours au mois de septembre. C’est une grande fierté pour moi et je m’aperçois que je ne suis pas si nulle que cela puisque j’ai réussi à convaincre d’autres à faire comme moi.

Depuis que je sais mieux lire et écrire, je peux participer à des activités de bénévolat pour des levées de fonds comme les parades de mode car maintenant je peux lire les directives correctement et je n’ai pas toujours peur d’avoir un petit texte à apprendre à l’improviste. Dans ces défilés, il y a même des fois où quelqu’un te donne un carton et te dit « Présente ce modèle ». Juste à penser à ces inconvénients, je renonçais à une activité qui m’a toujours passionnée. Maintenant, j’ai fini de me priver des parades de mode et des pageants. Je ne remercierai jamais assez l’alpha. J’aimerais tellement que les gens qui savent lire et écrire apprécient plus la chance qu’ils ont. Si ces gens se posaient cette question : « Qu’est-ce que j’aurais fait dans la vie si je n’avais pas su lire et écrire ? », je suis sure que beaucoup répondraient qu’ils n’ont jamais réfléchi à cela.

On pense souvent aux personnes handicapées physiquement et aux aveugles, mais nous, les analphabètes, on oublie que même si on peut voir, c’est quand même un handicap même s’il est moins visible. Maintenant que je maîtrise la lecture et l’écriture, je peux vous le dire que c’est un peu comme un aveugle qui retrouve la vue et je peux vous l’affirmer parce que j’ai vécu l’expérience. C’est pourquoi je dois un éternel remerciement non pas à la médecine mais à l’alphabétisation. J’aimerais aussi remercier les professeurs qui ont eu la patience et le courage de nous aider.

Mélissa Paulin

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