Lauréate du Prix de la francophonie en alphabétisation 2006
Monique Maltais, Laval (Québec)
Ma vie passée …
Mes parents ont vécu le problème de ne pas savoir lire et écrire. C’était quand même des parents courageux qui donnaient énormément d’amour à leurs cinq enfants même s’ils étaient sourds et muets.
À l’âge de cinq ans, une voisine a découvert que j’étais capable de faire des sons donc je n’étais pas sourde et muette. J’ai été évalué par des spécialistes à l’hôpital Ste-Justine. J’ai eu un appareil auditif et j’allais faire des exercices avec un orthophoniste, deux fois par semaine. Les autres jours, j’allais à l’école Ste-Véronique à Montréal. J’étais très gênée et complexée parce que je me sentais différente des autres. À l’école, c’était terrible aussi. Les élèves étaient très méchants, ils me faisaient des grimaces, m’imitaient et riaient de moi. Cela m’empêchait de bien apprendre. J’étais incapable de suivre. J’ai donc arrêté l’école sans diplôme vers l’âge de 17 ans. Je n’avais pas appris beaucoup tellement j’avais peur et j’étais complexée.
À cause de mon complexe, trouver un travail pour moi c’était la fin du monde. Avec mon courage, je me suis présentée à plusieurs endroits comme travailleuse manuelle. Tous les travaux manuels étaient faciles pour moi. J’étais très visuelle et j’apprenais vite. Dans ma vie, j’ai été couturière, ouvrière de manufacture et j’ai terminé avec l’imprimerie. Dans l’ensemble, j’ai toujours aimé mes emplois. Voilà un peu de mon passé, celui d’où je viens.
Avançons un peu plus dans le temps …
À l’automne 2004, c’est une grande épreuve dans ma vie personnelle qui m’a amenée aux ateliers d’alphabétisation. J’ai dû rencontrer quelqu’un au CLSC et il a vu que j’avais de la misère à remplir les formulaires. C’est lui qui m’a mis en contact avec le Groupe Alpha Laval. J’ai pris rendez-vous pour une évaluation. C’était la première fois que je faisais des démarches pour avouer mes difficultés. J’avais peur d’être jugé. Je me sentais incapable, ridicule, inutile et je manquais beaucoup de confiance en moi. Doucement, étape par étape, Arianne (formatrice) m’a accueilli et mis en confiance. Elle me posait des questions et je répondais. Quelques jours plus tard, elle m’a téléphoné pour me dire qu’il y avait une place pour moi dans le groupe de Vimont.
Tout à coup, j’ai eu très hâte de me présenter aux cours. Le premier jour, je me suis rendue en vélo. Je me posais des questions. Je me demandais ce qui allait m’arriver. Dès le début, c’était une belle surprise. La formatrice Chantal était prête à m’aider, les autres participants étaient gentils. Maintenant, je continue avec la formatrice Line. Ces deux formatrices sont formidables.
Après une année, je peux dire que je ne porte plus en moi mon complexe et la gêne que je traînais depuis mon enfance. Je me sens de mieux en mieux. Je n’ai plus peur du papier et du crayon comme avant. Tellement, que je suis maintenant capable de faire partie de d’autres groupes.
De l’alphabétisation au bénévolat, il n’y a qu’un pas …
L’alphabétisation m’a donné confiance. Je suis capable d’encourager et d’écouter d’autres femmes dans leurs difficultés. Elles se sentent en confiance avec moi. D’ailleurs, la responsable de Centraide à Ste-Rose, où j’ai suivi à l’automne 2004, des ateliers sur les thèmes de la rupture et de la réussite, m’a demandé de témoigner. Je me sens de plus en plus capable face au papier. J’écrirai les grandes lignes de ma présentation et la lirai devant un groupe de femmes que je ne connais pas. Je sais que je réussirai.
En octobre 2005, à l’assemblée générale du Groupe Alpha Laval, des membres ont proposé que je fasse partie du comité des activités et j’ai accepté. Depuis ce temps, je vais aux réunions chaque deux semaines. Nous avons organisé le souper de Noël, fais le suivi du budget et écrit des lettres de remerciements aux commanditaires de cadeaux.
Ce n’est pas tout. Je me suis impliquée pour la révision de la loi électorale. J’ai noté les idées des participants de mon groupe puis, j’ai travaillé avec Alain (coordonnateur de l’organisme). Nous avons mis en commun les idées que j’avais ramassées et celles qu’il avait retenues des autres groupes. Ensemble, nous avons écrit nos recommandations. Le 7 mars, je me suis rendue avec Alain et Frédéric (un participant) à l’hôtel Sheraton pour la Commission spéciale sur la Loi électorale. Alain a présenté l’organisme, puis j’ai lu les recommandations devant toute la Commission en tant que participante porte-parole. J’étais très fière de moi. Le député est venu me féliciter.
Donner le goût d’apprendre et d’avancer …
Je participe aussi à des ateliers sur l’estime de soi au Centre des femmes de Laval. Dans ces ateliers, j’ai des questionnaires à remplir pour cheminer et apprendre à mieux me connaître. Je produis des dessins et des textes pour parler de moi. Je partage avec les autres femmes. Parfois, elles me disent que ma présence les aide, que je suis généreuse. La formatrice est contente de moi et trouve que j’apporte beaucoup aux autres femmes par mon exemple. Elle trouve que je me débrouille bien malgré le peu de temps que je suis à l’aise avec l’écriture et la lecture.
Maintenant, avec toutes ces implications je me sens plus sûre de moi. J’ai même le goût de poursuivre et de prendre des cours de communication pour trouver encore plus de mots pour m’exprimer devant tout le monde. Déjà, tout mon entourage me dit que j’ai changé, que je vais mieux, que je suis plus épanouie à la vie. Je dépasse mes limites et donne le goût aux autres de foncer et de se faire confiance.
Permettez-moi de vous dire que l’alphabétisation me tient beaucoup à cœur. Ça me permet de prendre ma place comme citoyenne dans la vie. À partir de ce moment là, je ne veux plus reculer. Je vais vers l’avant.
Monique Maltais

