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Lauréat du Prix de la francophonie
en alphabétisation 2006

Richard Mourez, Vancouver (Colombie-Britannique)

Bonjour !

Je m’appelle Richard Mourez. Je suis né à Montréal, mais aujourd’hui j’habite à Vancouver. Dans ma vie, j’ai été camionneur et j’ai fait beaucoup d’autres petits boulots. Mais il y en a un dont je suis particulièrement fier : je me suis occupé de mon beau-père atteint d’un A.C.V. pendant deux ans et demi. On n’a pas besoin de savoir lire et écrire pour aider les gens.

Je suis allé à l’école jusqu’à quatorze ans seulement. Là-bas, j’ai appris à diviser, à multiplier et à faire des fractions mais on ne voulait pas me donner ma chance en français. Mon institutrice me disait que j’étais meilleur en mathématique qu’en français alors je faisais des mathématiques. À quatorze ans, j’ai été forcé de travailler pour aider ma famille qui était nombreuse. Je suis parti sur les routes sans savoir lire et écrire.

Plus tard, j’ai suivi une formation de base à Montréal pendant trois ans. Je voulais apprendre la lecture et l’écriture pour m’en sortir, pour pouvoir mieux gagner ma vie, et aussi pour me sentir fier de moi. J’ai dû arrêter car les classes étaient trop nombreuses pour moi et je me retrouvais confronté aux mêmes difficultés d’apprendre en groupe. À mon arrivée à Vancouver, la vie n’a pas été facile pour moi. Je ne connaissais pas beaucoup de monde. Ma première motivation, c’était de retourner à l’école en anglais.

À Vancouver, presque tout le monde parle anglais et c’est difficile de rencontrer des personnes francophones. Mais je me suis aperçu que c’était très dur d’apprendre une nouvelle langue quand on ne sait pas lire et écrire dans sa langue maternelle. Alors, j’ai décidé de prendre le temps et réapprendre en français. C’est un intervenant du Centre communautaire francophone La Boussole qui m’a parlé d’Éducacentre. Il est venu avec moi pour prendre un premier rendez-vous. J’ai donc recommencé ma formation à Vancouver au Collège Éducacentre en septembre 2005 et j’ai été surpris de constater que je n’avais pas perdu tout ce que j’avais appris.

À Éducacentre, je travaille tout seul avec ma formatrice que je rencontre une fois par semaine, le jeudi. Et le samedi, avec un petit groupe, je suis une formation en informatique. Ma formatrice et toutes les personnes d’Éducacentre sont devenues comme une deuxième famille pour moi. Je leur suis très reconnaissant et, pour eux autant que pour moi, je veux continuer à progresser.

Aujourd’hui, je peux dire que je sais lire et écrire. Oh, j’ai encore du chemin à faire ! Mai j’ai réussi, pour la première fois, à lire deux livres en entier ! Ça m’a surpris d’être capable de le faire ! Le premier livre que j’ai lu, c’est J’ai oublié mes lunettes. Ça raconte l’histoire d’une personne qui ne sait pas lire et écrire et qui essaie de le cacher à tout le monde. Je l’ai dévoré et j’ai aimé ça. C’était ma première expérience avec un livre, un livre que pour moi. J’avais l’impression de m’envoler sans quitter le sol. Ça me rend heureux de pouvoir lire et écrire. Et je crois que je rends les gens heureux aussi.

Je n’ai pas toujours eu une vie facile. Encore maintenant, je dois parfois dormir dans la rue. Et quand on sait pas lire et écrire, les personnes malintentionnées ont tendance à vouloir abuser de vous. Alors, pour moi, c’est une question de survie.

Depuis que je sais lire et écrire, j’ai fait des choses que je ne me croyais pas capable de faire. J’ai eu la chance d’être secrétaire bénévole à La Boussole, que je connais bien. Je devais répondre au téléphone et renseigner les gens. J’ai même appris à utiliser l’ordinateur dans mon travail. Et je pense que c’est très important, aujourd’hui, de savoir se servir d’un ordinateur. Lire et écrire, ce n’est pas tout. J’ai ouvert un compte courriel et maintenant, je peux communiquer avec les gens que j’apprécie. Je sais que je fais encore beaucoup de fautes d’orthographe mais j’espère que les gens me pardonnent.

Il y a quelques semaines à Éducacentre, j’ai suivi une formation de premiers soins et j’ai obtenu mon diplôme. J’étais très fier de passer mon examen avec 85 % ! Alors, j’ai demandé à ma formatrice si on pouvait lire le livre ensemble. Je ne veux pas oublier ce que j’ai appris. Pour moi, c’est très important d’obtenir ce diplôme car ce que j’aime faire, c’est aider les gens. C’est une grande victoire pour moi.

Une autre grande victoire pour moi, c’est d’avoir pu trouver enfin un travail à Vancouver. J’ai faxé mon c.v. à un restaurant et j’ai eu l’emploi. Mon parton vient de Montréal aussi. Aujourd’hui, je peux enfin témoigner et faire entendre la voix de quelqu’un qui, pendant presque trente ans, n’a pas pu se faire écouter. On me donne le courage de participer à un concours. C’est important pour moi car, pour la première fois, ça signifie que l’on me fait confiance.

Ce que je veux dire, à travers cette lettre, c’est que c’est possible de réussir ses buts. Ça demande du temps, de la patience mais c’est possible. J’espère, grâce à cette lettre, redonner confiance à d’autres personnes comme moi. Je souhaite également remercier toutes les personnes qui m’ont aidé à être ce que je suis aujourd’hui. Et ce que je souhaite par dessus tout, c’est continuer à travailler et à m’améliorer. Ça me donne confiance en la vie !

Richard Mourez

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