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Lauréate du Prix de la francophonie en alphabétisation 2007

Guylaine Frenette, North Bay (Ontario)

Moi

Lorsqu'on me pose la question quelles études j'ai faites, je suis toujours un peu gênée de dire que j'ai décroché de l'école à 16 ans et que mes bulletins scolaires étaient toujours au-dessous de la moyenne. J'ai très bien su me débrouiller quand même au niveau du travail, mais quelle complication lorsque je dois écrire une lettre importante. Je dois toujours demander à quelqu'un de corriger mes fautes ou lorsque j'écris à mes amies je leur signale toujours de ne pas regarder les fautes d'orthographe. J'ai toujours pris des cours pour me perfectionner, mais ils avaient toujours quelque chose qui m'empêchait d'atteindre mon but (tel que trop de travail, trop de monde aux cours, les heures d'études, m'occuper de mes jeunes enfants, les déménagements et j'en passe). Je ne me rendais pas compte de mes problèmes, mais lorsque les enfants ont commencé l'école. oh! là, là. quel calvaire! Mes connaissances scolaires étaient du niveau de la 4e année et après cela je ne pouvais plus les aider avec leurs études. Ma fille est tombée malade, alors nous l'avons retirée de l'école et j'ai commencé à l'instruire à la maison.

C'est à ce moment que j'ai pris conscience que je ne pouvais pas donner à ma fille toute l'éducation qui était nécessaire. Mes problèmes au niveau du français et surtout les mathématiques, me causaient beaucoup d'ennuis. En informatique, c'était ma fille qui m'initiait à cet art et mon mari lui enseignait l'anglais après son travail, car je ne pouvais pas l'aider. J'ai ressenti beaucoup de préjugés de la part de la direction de son ancienne école et certains professeurs me regardaient de haut! Ça m'a donné un coup au coeur, car je voulais seulement aider ma fille alors que je n'avais aucun soutien de cette école. J'avais la conviction que j'étais capable, avec l'aide de ma famille, d'aider ma fille dans ces moments difficiles. Nous avons acheté tous les livres dont nous avions besoin. Ensemble nous avons fait des recherches pour trouver de l'aide et nous avons eu la chance de rencontrer une femme formidable au centre d'alphabétisation à Kingston, Ontario, qui nous a encouragées à poursuivre notre but. Ma fille et moi avons réussi à passer à travers cette épreuve encore plus forte. Mais je savais que je devais recommencer mes études si je voulais aider mes enfants dans le futur.

Nous avons déménagé à North Bay en 2005 et à ce moment j'étais déterminée de recommencer mes études. Après plusieurs recherches, j'ai enfin trouvé un endroit où je me sens en grande confiance avec des personnes exceptionnelles pour continuer mon éducation. J'ai commencé mes ateliers en avril 2006, en français et en mathématiques, et lorsqu'ils furent finis en juin, pour la pause d'été, j'ai réalisé que la piqûre des études m'a prise à 40 ans. Comme on dit souvent : mieux vaut tard que jamais! En septembre, me voilà de retour, mais avec un atelier d'anglais en surplus! J'adore tellement apprendre de nouvelle choses que je me suis inscrite à un atelier en informatique. L'ordinateur était mon ennemi numéro 1, car juste à penser que je suivais un atelier d'ordinateur, j'en étais terrorisée. Je suis si souvent au centre que je devrais m'installer un lit! Quelle joie d'apprendre dans un climat de confiance et de bonne humeur où personne ne te juge, même si tu sors des phrases qui n'ont aucun sens ou si tu fais répéter la formatrice trois fois la même chose. L'entraide entre apprenants nous montre l'importance de se faire confiance et de ne pas être gêné. J'ai fait de belles découvertes personnelles au centre et au niveau de ma famille, ce qui m'encourage à tous les jours. Mes filles et moi, nous partageons nos connaissances et nous nous aidons dans nos travaux.

Mes filles sont maintenant en 5e et 7e années et j'ai beaucoup de retard sur elles, mais je sais qu'avec Angèle, ma formatrice, je vais réussir à compléter mes études et qu'elle est là pour nous aider. Les ateliers au centre ALEC m'ont donné un but précis, c'est d'être moi-même avec mes forces et mes faiblesses. En 2006, j'aidais des enfants avec un trouble d'apprentissage en lecture, mais cette année j'ai décidé de me consacrer à mes études pour m'améliorer, afin qu'en 2008 je sois plus forte et que je puisse mieux aider les petits à la lecture et dans d'autres domaines comme l'écriture et les mathématiques. Le bénévolat que je fais avec les plus petits m'apporte une fierté énorme, car je vois que je peux aider les enfants avec de petits problèmes. Ensemble, nous pouvons toujours réussir à nous comprendre dans la bonne humeur et dans les jeux.

Le centre ALEC est plus qu'un endroit où l'on suit des ateliers, mais un lieu où nous sommes fiers et heureux d'être! C'est aussi un endroit où on découvre qu'il n'y a pas d'âge pour apprendre et que nous pouvons réussir à notre propre rythme.

Guylaine Frenette

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