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Lauréate du Prix de la francophonie en alphabétisation 2007
Janice Gauvin, Dieppe (Nouveau-Brunswick)
Un nouveau souffle
« Je suis née en 1959 à Moncton. Dans notre famille, il y a cinq filles et deux garçons; je suis la quatrième. Notre famille ainsi que ma tante et sa famille demeurions tous chez ma grand-mère. J'ai quitté l'école en dixième année parce que je ne pouvais pas avoir les cours que je voulais suivre l'année suivante. J'ai donc décidé de garder un enfant.
Ce travail n'a duré que trois mois, car j'ai été demandée pour aller travailler dans un petit magasin pour environ deux ans. En 1980, je me suis mariée à un très bon homme et, à l'âge de 24 ans, j'ai accouché d'un gros garçon. Deux ans après, Marc a eu une petite soeur. « Parce que j'étais à la maison avec mes enfants, j'ai décidé d'en garder d'autres. Après huit ans de travail de gardienne, j'ai été embauchée par une entreprise de «Waffles» située près de chez moi. J'ai travaillé là sept ans jusqu'à ce qu'elle ferme ses portes.
Du jour au lendemain, je me suis retrouvée sans emploi. Le pire et le plus triste, c'est que j'ai perdu tous mes avantages sociaux, et Dieu sait que nous en avions grandement besoin. Je me suis donc présentée au Centre d'emploi et, après une évaluation écrite de français et mathématiques, on m'a alors suggéré fortement de retourner aux études pour finir ma douzième année ou obtenir mon GED. Le 10 octobre 2006 fut la première journée de ma nouvelle aventure au Centre d'apprentissage pour adultes à Dieppe.
En classe, je travaille dur dans mes cahiers parce que je veux à tout prix me trouver un emploi afin qu'on puisse mieux vivre. Dans l'espace de six mois, j'achève mon deuxième niveau en français et en mathématiques. Mon professeur me dit que je ne chôme pas. Je dois vous dire aussi que rédiger est mon pire ennemi mais, maintenant, je me surprends à écrire un texte plus vite. J'ai même dit à mon enseignante que je trouvais ça plus aisé. Je me sens beaucoup plus à l'aise depuis que je viens au centre. Je trouve que mon moral est beaucoup plus élevé qu'avant et je me sens moins déçue et moins déprimée. Ça me donne plus de courage à aller chercher de l'emploi. Je sens qu'en dedans de moi, c'est beaucoup plus calme. Cette nouvelle routine dans ma vie depuis l'automne a changé la manière de penser dans mon quotidien au centre et à la maison. Cette motivation, je l'ai donnée à mon fils qui, à son tour, s'est inscrit au même cours. J'étais très fière de lui. Malheureusement, il n'a pas continué, mais il est en période de réflexion et il connaît mieux l'importance de l'éducation. J'ai aussi encouragé deux autres personnes à s'inscrire au Centre.
En plus d'apprendre le français et les mathématiques, j'ai aussi appris comment réagir sans paniquer. Je me sens plus forte pour aider mon mari qui a subi un grave accident en 2002 dans notre garage. Il a perdu un oeil et a dû passer à travers plusieurs opérations pour réparer son visage. Vu qu'il a toujours besoin de mon appui, je ne me sens pas capable de faire présentement du bénévolat dans ma communauté. L'école et ma famille prennent toute mon énergie et tout mon temps. Toutefois, dans le passé, j'ai déjà participé à la campagne de levée de fonds pour les maladies du coeur.
En plus d'ouvrir une porte à une meilleure qualité de vie, le retour aux études m'a permis de recommencer à rêver à ce dont je rêvais depuis longtemps. Il y a environ une quinzaine d'années, j'ai suivi un cours de boulangerie-pâtisserie. Je rêve qu'un jour j'aurai ma propre entreprise, après avoir suivi d'autres cours. Ce serait un restaurant où on ne servirait que des 2 mets acadiens comme du fricot, de la soupe aux légumes frais du jardin, de la râpure et il y aurait toujours du bon pain de ménage.
En conclusion, j'ai beaucoup plus de confiance en moi et c'est cela qui va nourrir mon souffle. Et, à chaque matin, j'ai un but et je termine ma belle journée en prenant une grande marche. Je suis très contente d'avoir eu la chance de passer dans ce fameux chemin-ci, un chemin positif qui me permet de m'épanouir, de grandir et de rêver.
Janice Gauvin

