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Lauréate du Prix de la francophonie
en alphabétisation 2007
Janique Brière, McMasterville (Québec)Une grande volonté d'apprendre Je suis une femme de 42 ans, mariée et mère de deux enfants. De nature fonceuse et travaillante, j'aime relever des défis. Avoir des enfants a été la plus belle décision que nous avons prise, mon mari et moi. Cette importante décision a été pour moi le plus beau moment et en même temps le plus angoissant de toute ma vie, aussi surprenant que cela puisse paraître. Je m'explique. Depuis la naissance de mes garçons, je me posais plusieurs questions pendant que je les regardais grandir. Je savais qu'ils commenceraient l'école un jour et qu'il me serait difficile de leur apporter de l'aide lors des devoirs et des leçons vu mon niveau de scolarité. Je me sentais impuissante et effrayée face à cette réalité. Sacrée peur, ce qu'elle peut faire! Je n'étais aucunement prête à les aider dans leur développement scolaire. Je me sentais démunie une fois de plus. Un jour, une amie m'a abordée pour me parler au sujet d'un éventuel retour à l'école. Je me rappellerai toujours de ses paroles : "En nous, il y a tout le courage, toute la volonté et la persévérance nécessaires pour atteindre nos buts." J'ai réfléchi à ces paroles pendant plusieurs jours. Je n'imaginais pas que ce jour-là pouvait être réalisable pour moi. J'avais du mal à me voir assise sur les bancs d'école pour aller chercher un diplôme et me perfectionner pour acquérir un métier. Le temps me bousculait. Mon plus jeune faisait déjà son entrée à la maternelle et mon plus vieux se trouvait en deuxième année. Comme j'avais eu des problèmes d'apprentissage à l'école et que, conséquemment, j'avais développé des complexes, je ne voulais pas que mes enfants passent par les mêmes difficultés que moi. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de relever mes manches et de faire quelque chose pour améliorer mon français. Suite à cette prise de conscience, j'ai fait toutes les démarches nécessaires pour reprendre mes études, mais ce n'était pas sans stress et sans inquiétude. J'ai donc pu commencer les cours dans une classe en alphabétisation au Centre de formation du Richelieu à raison de quatre avant-midi par semaine, malgré la grande peur qui m'habitait. Quatre années plus tard, avec d'énormes efforts et beaucoup de persévérance du matin au soir, j'ai pu faire mon premier examen que j'ai réussi à 84%. WOW ! Cette note m'a beaucoup encouragée, car elle me permettait de passer en présecondaire. Un an plus tard, je suis passée de la classe d'alphabétisation à la classe régulière en formation générale, une autre étape très éprouvante. Je me demandais ce que je faisais là parmi tous ces ados. Je regardais le professeur donner des explications aux élèves individuellement, et plusieurs questions se bousculaient dans ma tête. Pendant la journée, l'enseignant perçut mon désarroi et prit le temps de me parler, de m'encourager et de m'expliquer comment fonctionnaient les cours. Cette discussion, pourtant très banale, m'a permis de poursuivre avec fierté mes études. Merci à ce formateur qui a su me prodiguer ce soutien moral; cela m'a donné de l'audace pour continuer ma route. Je ne veux surtout pas oublier de souligner l'aide régulière et persistante que j'ai reçue et que je reçois toujours de mon mari. Ma soeur, qui a terminé son secondaire en 2002 à la même école, m'apporte aussi beaucoup d'aide et de soutien. Depuis que j'ai commencé le niveau secondaire, quatre autres années se sont écoulées et j'ai maintenant terminé mon français de quatre exigé pour faire mon DEP. Ce retour à l'école a, bien sûr, été bénéfique pour moi, mais aussi pour ma famille. Présentement, je peux assister mes enfants dans leurs études avec une plus grande confiance. De plus, j'ai appris avec fierté à écrire des textes, ce que je ne pouvais faire avant mon retour à l'école. J'ai aussi développé des habiletés en informatique et je peux maintenant communiquer par Internet. Je me cite facilement en exemple à mes enfants ou à d'autres personnes pour les encourager à ne pas décrocher et à continuer leurs études jusqu'à l'obtention de leur diplôme. C'est le plus beau des cadeaux que je peux leur donner. Également, mes débuts en alphabétisation m'ont permis de développer ma confiance en moi et de prendre contrôle sur ma destinée. Cette confiance toujours grandissante m'a donné le coup d'envoi pour m'engager comme bénévole lors de l'enseignement religieux de mes enfants, plus spécifiquement lors de leur confirmation. J'ai donc fait partie d'une équipe de travail où nous devions nous occuper d'un groupe de jeunes lors de fins de semaine. De plus, je n'avais jamais pensé qu'un jour je me permettrais d'écrire un chapitre du livre de ma vie dans le but de motiver des gens. Je sais que ce texte peut être une grande source d'inspiration pour encourager d'autres personnes qui veulent retourner à l'école. Je n'ai qu'un mot pour eux : "N'oubliez pas que c'est chacun de nous qui décidons quelle route nous prenons, faisons donc en sorte d'être fiers du chemin parcouru." Comme je l'ai déjà mentionné, je viens de terminer mon français de 4e secondaire et je suis présentement en mathématiques de niveau 2. Je peux donc dire, aujourd'hui, que je me rapproche de mon but tant espéré : celui de m'inscrire à un DEP pour aller chercher un métier. Quel est ce métier? Les domaines de la construction et de la rénovation m'intéressent. Il me reste à faire le choix entre la construction, la rénovation de caravanes ou l'ébénisterie. Je persiste à croire que je vais réaliser ce rêve. Pour terminer, si j'avais un seul souhait à faire, ce serait que chacun trouve un rêve qui l'anime et se fixe des objectifs pour l'atteindre. Janique Brière |

