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Lauréate du Prix de la francophonie
en alphabétisation 2008

Sylvie Maurais, Kingston (Ontario)

L’apprentissage du français, on peut réussir

Pour vraiment saisir tous les bienfaits de l’alphabétisation dans ma vie, je devrai tout d’abord vous expliquer tout ce que j’ai pu vivre avec une orthographe et une lecture considérées comme chancelantes. Ces lacunes m’ont amené les symptômes suivants : les stress, l’angoisse, la honte sans oublier le manque de confiance en soi qui s’ajoute à tout cela. Quel beau cocktail pour réussir ses études! Pour mieux comprendre, voici le chemin que j’ai dû traverser pour arriver où je suis rendue maintenant.

Mes difficultés en français ont débuté à ma première journée de classe dès la première année. Le gouvernement québécois avait instauré une nouvelle réforme en français qui consistait en une méthode révolutionnaire « Le sablier ». Quelle catastrophe! En voici un exemple : pour épeler le mot maison je devais dire « mèzon ». Croyez-moi, sur une feuille de dictée la note n’est vraiment pas impressionnante. Cette méthode n’existe plus au grand plaisir de la population francophone. Le seul avantage que m’a procuré cette technique d’apprentissage est un vocabulaire bien étoffé.

Lorsque j’étais enfant, j’admirais mes compagnons de classe qui avaient le talent de nous faire une lecture attrayante. Pour moi, c’étaient des super génies! À cette époque, je ne réalisais pas encore tous les problèmes qui m’attendaient. Tout a changé lorsque l’adolescence est arrivée. Ce fameux temps où je devais être parfaite. J’étais une « ado » qui avait le verbe facile donc personne ne pouvait se douter à quel point j’avais de la difficulté à lire et à écrire. Pour moi, le français, l’allemand ou bien le chinois c’était du pareil au même.

Lorsque je devais me présenter à un cours et que je savais que je devrais lire, mon niveau de stress augmentait et des crampes au ventre apparaissaient dès le début du cours. Imaginez la suite, c’était presque intolérable. Là, je devais mettre en place ma stratégie numéro 1 qui consistait à compter le nombre d’étudiants qui étaient devant moi. Je pouvais ainsi lire à répétition le paragraphe qui me serait destiné. Le problème avec cette petite astuce, c’est que je manquais complètement la leçon qui était simple mais devenait compliquée parce que ma concentration n’était que pour les quelques lignes que je devais lire. Aujourd’hui, je réalise que j’étais seule à croire à mes mensonges.


En écriture, j’ai toujours eu la plume facile. En 4e année, moi la petite fille qui avait de gros problèmes en français, j’étais la seule de ma classe à recevoir une note de 100 % en composition française d’autant plus que mes camarades étaient bien loin derrière moi. Quel honneur pour moi! Bien sûr, mon enseignant n’avait pas enlevé des points pour les fautes d’orthographe… J’ai pris conscience il y a seulement quelques mois de la raison pour laquelle je ne postais jamais mes lettres et que personne n’avait la chance de me lire. Il est évident que j’avais honte de mes erreurs qui étaient pourtant flagrantes, mais que je ne voyais pas. Après plusieurs années, j’ai finalement déniché le truc numéro 2 qui consiste à tout écrire à l’ordinateur. Mes impairs se corrigeraient ainsi instantanément. Quelle merveille! Finie l’humiliation des textes remplis de fautes! Je ne peux pas passer sous silence ma moyenne en dictée au secondaire qui consistait à une médiocre note de 0 %. Nous avions des dictées régulièrement. Le professeur corrigeait, mais ne prenait jamais le temps de les analyser avec nous. Si cela avait été fait, peut-être aurais-je pu comprendre?

Quand je suis devenue une adulte, mère de trois enfants, j’avais toujours le même problème. J’en ai eu marre. Je ne voulais surtout pas que mes enfants héritent de mes faiblesses. J’ai donc pris le taureau par les cornes et je me suis jetée à l’eau. C’est le plus beau cadeau que j’ai pu m’offrir dans ma vie.

Aujourd’hui, je peux m’asseoir avec mes enfants et leur expliquer, leur faire comprendre lorsqu’ils ont des difficultés, ce que je n’aurais pas pu faire auparavant. Je me surprends même parfois à corriger et à expliquer la règle de grammaire qui en découle à certaines personnes drôlement plus qualifiées que moi dans ce domaine. Je dois avouer que j’en retire une immense fierté. Mon apprentissage n’est pas encore terminé, car j’apprends tous les jours et je ne veux pas arrêter. Je suis perpétuellement en quête de questions ainsi que de réponses. La grande différence aujourd’hui c’est que le français n’est plus du chinois. Je me dis souvent qu’il aurait dû y avoir plus de femmes à l’Académie française, comme ça, le français aurait été peut-être moins compliqué à apprendre. Ha! Ha! Ha!

Je vois un autre point positif dans toute mon histoire et c’est le suivant : je travaille aujourd’hui dans une école primaire et à plusieurs occasions, je dois aider les élèves qui ont de la difficulté. Grâce à mon cheminement, je peux facilement voir à quel endroit ils ont des problèmes, car j’ai vécu les mêmes autrefois. Je ne suis pas devenue une grande lectrice de nouvelles, mais par contre, je peux savourer un bon roman sans aucun problème. Lorsque je dois faire une lecture à voix haute, les petits démons du passé refont parfois surface et je me reprends en me disant que tout cela est derrière moi et je suis capable MAINTENANT.

Vive l’amour du français.

Sylvie Maurais

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