Les grandes enquêtes internationales


OLYMPUS DIGITAL CAMERADepuis 25 ans, le Canada mesure les niveaux de compétences de base des adultes. Jusqu’à la fin des années 1980, le niveau d’alphabétisme de la population ne faisait pas l’objet d’un examen détaillé. On considérait généralement qu’une personne était alphabétisée si elle avait terminé neuf années d’études. Une personne qui avait fait moins d’études était considérée comme analphabète. On distinguait les analphabètes complets et les analphabètes fonctionnels d’après le nombre d’années de scolarité terminées.

Or, diverses recherches ont montré que le niveau de scolarité ne rend pas totalement compte des compétences acquises. En effet, les compétences se développent dans tous les domaines de la vie. De nombreuses personnes peuvent donc avoir plus de compétences que leur scolarité semble indiquer et vice versa. De nombreuses recherches ont aussi démontré que l’alphabétisme ou la littératie se situe sur un continuum de capacités et de niveaux allant de très faibles à très élevés.

En 1989, l’Enquête sur les capacités de lecture et d’écriture utilisées quotidiennement (ECLEUQ) est menée dans l’ensemble du Canada. Elle donne un premier aperçu du niveau atteint pour ces deux compétences de base et pour le calcul.

En 1994, le Canada participe à la première Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes (EIAA). On y évalue trois compétences : la compréhension de textes suivis; la compréhension de textes schématiques; et la compréhension de textes au contenu quantitatif. L’objectif est de mettre en relation les niveaux de compétence atteints et le profil socioéconomique des participants.

En 2003, avec l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), les définitions des compétences évaluées changent peu. Cela permet de comparer les résultats à une dizaine d’années d’intervalle. Une quatrième compétence a toutefois été ajoutée : la résolution de problèmes.

Pour le Canada, l’EIACA montre que 42 % des adultes en âge de travailler sont faiblement alphabétisés. Chez les francophones, le pourcentage de personnes ayant des difficultés liées à la littératie est de 56 %.

Le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA)

Jean-Pierre Corbeil est directeur adjoint à la Section des statistiques linguistiques de Statistique Canada. Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, il souligne que les enquêtes doivent répondre à un double défi. D’une part, elles doivent permettre de mesurer les progrès dans le temps ; d’autre part, elles doivent s’adapter à la réalité :

« En 25 ans, notre environnement technologique a considérablement changé. Les questionnaires évoluent donc au rythme des changements que nous vivons. »

Pour cette raison, le PEICA mené en 2012 a testé les compétences en résolution de problèmes dans un environnement à forte composante technologique. Selon Jean-Pierre Corbeil, cette partie de l’enquête permettra de voir les compétences informationnelles des participants :

« Pour la première fois, les tests du PEICA ont eu lieu sur ordinateur. En naviguant sur Internet et en utilisant un ordinateur personnel, on utilise des sources multiples d’information : nous avons pu observer comment les participants accèdent à cette information, comment ils la sélectionnent et comment ils la traitent. »

Une autre nouveauté du PEICA est qu’il comporte une évaluation des compétences liées à la lecture. On peut ainsi faire la part entre les personnes de faible niveau qui ont les acquis de base pour la lecture (alphabet, vocabulaire) et celles qui n’ont pas ces acquis.

Très attendus, les résultats du PEICA paraîtront en octobre. Encore une fois, les données recueillies permettront de voir l’évolution des niveaux de compétences de la population depuis la dernière enquête. Selon Jean-Pierre Corbeil, avec l’analyse de ces résultats, on pourra répondre à des questions-clés sur des enjeux majeurs de notre société : Comment le milieu de travail favorise-t-il le développement de compétences ? Comment les individus s’adaptent-ils aux changements technologiques ? Quels sont leurs besoins de formation ?

Et pour les francophones ?

Pour répondre aux besoins spécifiques du Canada, le questionnaire de base du PEICA comporte des questions qui permettront d’analyser les données pour les minorités linguistiques, comme l’explique M. Corbeil :

«Tout comme en 2003, le PEICA comprend un suréchantillonnage de francophones vivant en milieu minoritaire au Nouveau-Brunswick, en Ontario et au Manitoba. Avec les résultats obtenus au Québec, nous aurons donc des données statistiquement fiables à l’échelle provinciale pour les francophones de quatre provinces. Pour ce qui est des francophones des autres provinces, il sera toutefois possible de les analyser selon divers regroupements […]. »

De quoi tirer des conclusions fiables, d’après M. Corbeil :

« Un des enjeux de l’enquête est de nous aider à comprendre la structure du marché du travail et de fournir des pistes de réflexion et d’analyse en matière de développement économique. Les enjeux pour les francophones sont particuliers. Par exemple, au nord du Nouveau-Brunswick, on travaille beaucoup dans les secteurs primaire et secondaire de l’économie. On sait qu’avec l’émergence de la société de l’information et des nouvelles technologies, ces communautés deviennent plus vulnérables. Avec l’information obtenue, le PEICA permettra d’éclairer une partie de ces enjeux et d’orienter le développement de programmes et de politiques dans ce domaine. À l’aide des données du PEICA et de sources de données complémentaires, on en saura plus sur les difficultés rencontrées par ces communautés et comment elles s’adaptent aux changements. »

Ressources humaines et Développement des compétences Canada va publier les données sur les minorités de langue officielle en lien avec les résultats du PEICA. Une analyse complémentaire sur les minorités francophones devrait également voir le jour.

Pour mieux comprendre les enjeux du PEICA, le RESDAC s’est associé au Centre for Literacy et au Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF) pour l’organisation d’un institut d’été intitulé Apprendre du passé, préparer l’avenir. L’événement se déroulera à Montréal, du 26 au 28 juin. Il y sera question des leçons des précédentes enquêtes internationales, des résultats attendus du PEICA et de leurs effets sur les politiques et les pratiques.

Pour en savoir plus :

Dossier spécial sur le PEICACDEACF.

Institut d’été, Centre for Literacy.

Isabelle Coutant, avec la collaboration de Jean-Pierre Corbeil



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