Les raisons d’être du PEICA

Chroniques de l'Institut d'été, journée 1 - mercredi 26 juin


Mercredi 26 juin 2013, première journée de l’Institut d’été 2013 du Centre for Literacy à Montréal, sur le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) : apprendre du passé, préparer l’avenir.

La journée a débuté avec une courte représentation théâtrale illustrant intelligemment les défis, les contraintes, les obstacles, les pressions, les risques et les réalités émotionnelles liés à l’évaluation, au transfert et à l’apprentissage des compétences. La table était bien mise…

Table 3_Participants_Institut_ete2013Par la suite, les organisateurs de l’évènement, Le Centre for Literacy, en collaboration avec le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF) et le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC), ont accueilli les participants en soulignant les points importants de la rencontre : en premier lieu, l’importance de tenir une rencontre bilingue, en deuxième lieu, l’influence des enquêtes internationales sur le plan politique, particulièrement pour les minorités linguistiques, et en troisième lieu, les liens entre les enquêtes et les pratiques d’intervention en développement des compétences.

Il y aura au total trois instituts portant sur le PEICA. Le deuxième aura lieu en octobre 2013 et portera davantage sur la question des environnements à forte composante technologique et le troisième aura lieu en juin 2014 et se penchera sur l’utilisation des données produites par l’enquête.

Qu’essaye de mesurer le PEICA ?

La première conférence de la journée, présentée par William Thorn de la Direction de l’éducation de l’Organisation de coopération et de développement économique, portait sur le PEICA et la stratégie élargie relative aux compétences. Il a été question de l’évolution de l’intérêt porté à la question des compétences et de la manière dont le PEICA est en lien avec cette problématique. La question a été abordée en termes de sous-qualification et de surqualification, c’est donc dire en termes de mauvais appariement des compétences. La notion de compétence est vue ici, en comparaison avec la notion d’habileté, comme la capacité de mobilisation du savoir, des habiletés, des croyances et des attitudes dans le but de réaliser une tâche. William Thorn a souligné la grande difficulté de mesurer le « capital humain » en tenant compte de l’ensemble de ses composantes et de la synergie entre celles-ci. Les participants ont soulevé la question de la responsabilité liée au développement des compétences et de la notion d’apprentissage des compétences, des modes et des lieux. En réponse à ces questionnements, William Thorn a précisé que le PEICA produit des données sans porter de jugement sur la responsabilisation du développement des compétences. Il a également confirmé que peu d’éléments portent sur la notion d’apprentissage des compétences. En conclusion, il a mentionné que bien que le PEICA porte davantage sur une évaluation des compétences dans un contexte de travail, il demeure essentiel de maintenir une approche élargie du développement des compétences.

L’intérêt des enquêtes internationales

Cette première conférence a été suivie d’un panel réunissant des représentants de six pays, soit l’Angleterre, l’Allemagne, la France, les États-Unis, l’Australie et le Canada. Les panélistes ont été questionnés sur les raisons qui les ont poussés à participer à des enquêtes internationales, sur la façon dont les tests ont été administrés dans leur pays et sur les différentes stratégies de communications des données qu’ils ont adoptées, en abordant les terminologies utilisées.

En résumé, certains pays réalisaient déjà des enquêtes nationales. Ces enquêtes, bien que les gouvernements aient parfois eu du mal à faire face aux résultats obtenus, permettaient d’orienter les politiques en faveur du développement des compétences chez les adultes ayant un faible niveau de littératie (ou de littérisme!). Il devenait alors intéressant de s’impliquer dans une démarche permettant une comparaison entre les pays. Le Canada n’a cependant jamais initié d’enquêtes nationales, bien qu’il ait toujours participé aux enquêtes internationales. Dans les pays où des enquêtes nationales ont été développées, il a parfois été difficile d’établir des comparaisons avec les enquêtes internationales, entre autres en ce qui a trait aux niveaux de littératie. Pour certains, il était davantage question de continuum dans le développement de compétences, pour d’autres la question était abordée en fonction d’un niveau à atteindre.

Brooks_Institut_ete2013Cette question a d’ailleurs grandement été soulevée tout au long de la journée. Les chercheurs associés au PEICA, ainsi que d’autres intervenants entendus tout au long de la journée, remettent en question l’interprétation et l’utilisation des niveaux de littératie. Ces niveaux sont utilisés à titre de mesure. Cependant, plusieurs ont souligné le danger à les associer directement à une capacité de développement économique ou de développement social des populations concernées. C’est pourquoi la tendance à parler de développement des compétences sous forme de continuum plutôt que sous forme de niveaux à atteindre semble se dessiner pour le futur.

En ce sens, plusieurs participants ont questionné l’impact de cette nouvelle tendance sur le développement de l’offre de services à travers le Canada, puisque cette offre s’est développée ces dernières années en tenant compte du cadre de référence de l’EIACA, c’est-à-dire en tenant compte des niveaux de littératie et de compétences essentielles. Silvano Tocchi, de Ressources humaines et Développement des compétences Canada, a répondu à ce questionnement en disant que l’impact de cette influence pourrait prendre du temps à se faire sentir…

Les particularités de l’enquête canadienne

En après-midi, il a davantage été question du PEICA au Canada. La collecte de données est actuellement terminée. Plus de 27 000 questionnaires ont été complétés. Le taux de réponse s’élève à 60%. Les données concernent les provinces et territoires, les populations autochtones et  les populations immigrantes. Un suréchantillonnage a été réalisé au Nouveau-Brunswick, au Québec, en Ontario, au Manitoba et auprès de la population autochtone à travers le Canada.

Le niveau 1 est maintenant subdivisé en deux niveaux, soit un niveau inférieur au niveau 1 (moins de 176 points) et le niveau 1 (entre 176 et 225 points). La comparaison avec l’enquête précédente sera possible grâce à des guides de comparaison fournis par l’OCDE. De plus, les compétences en lecture sont maintenant évaluées au niveau 1.

Les données du PEICA seront rendues publiques le 8 octobre 2013. Au niveau pancanadien, six rapports suivront la publication des données. Ces rapports porteront sur :

  • Les langues officielles; 
  • Les autochtones;
  • Les immigrants;
  • Les impacts sociaux;
  • Le système formel d’éducation;
  • L’appariement compétences-emploi.

Les responsables ont invité les participants à bien s’approprier les données pour pouvoir les promouvoir dans leur milieu et initier différentes recherches liées à leur analyse.

La deuxième journée de l’Institut se penchera davantage les liens entre les enquêtes et les pratiques et les intérêts des employeurs.

Julie Campeau



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