Au-delà du PEICA, les réalités
du terrain…

Chroniques de l'Institut d'été, journée 2 - jeudi 27 juin


La deuxième journée de l’Institut d’été s’est intéressée à des contextes d’observations ou d’expériences très variés : contextes culturels et communautaires, contextes d’apprentissage et de formation, contextes de travail, ainsi qu’aux enjeux que représente le développement de compétences dans ces contextes.

Vers une intervention stratégique dans les parcours d’apprentissage…

La première conférence du jour, présentée en collaboration par Donald Lurette, conseiller en éducation des adultes, et Steve Reder, professeur de l’Université Portland State en Oregon, illustrait parfaitement un cas de rencontre entre la pratique et la recherche.
Steve Reder présentait les résultats d’une recherche qui s’est déroulée sur 10 ans aux États-Unis. Cette recherche rejoignait des adultes entre 18 et 44 ans. Les participants à la recherche ont été rencontrés six fois à travers ces 10 années. L’objectif était de mesurer le développement des compétences de ces adultes à travers les années. Une proportion de ces adultes était inscrite à des programmes de formation conçus selon une approche traditionnelle, davantage centrée sur l’offre d’un contenu de formation, une approche par objectif à atteindre, fixé préalablement par le programme. Monsieur Reder utilisait l’image d’un stationnement où les participants remplissaient les places disponibles et dont l’objectif ultime était de s’assurer que l’ensemble des places du stationnement était remplie. L’autre proportion des adultes rejoints n’était inscrite à aucun programme de formation.
Les résultats n’ont démontré aucune différence en termes de développement des compétences entre les adultes qui suivaient des programmes de formation et ceux qui n’en suivaient pas. Cependant, une différence a été notée en ce qui a trait au développement des pratiques de littératie chez les participants aux programmes. Puisque l’idée ici est de favoriser le développement de compétences, un changement de paradigme s’imposait… Ainsi, le stationnement devait se transformer en lieu très fréquenté, où le besoin de l’apprenant se retrouvait au cœur de la démarche andragogique.

Parallèlement à cette démarche, Donald Lurette, via l’expérience du Centre d’alphabétisation de Prescott (CAP), aboutissait à cette même conclusion de nécessité de changement de paradigme. Le CAP faisait face à différents constats : il y avait peu de fréquentation dans les programmes d’alphabétisation communautaire, les adultes préféraient suivre des formations dites qualifiantes dans l’optique de pouvoir éventuellement accéder à un métier, les andragogues souhaitaient conscientiser les adultes de faible niveau de littératie à l’importance d’une démarche de développement de l’individu qui souvent s’étirait dans le temps. Cette démarche rejoignait plus souvent le besoin de l’andragogue que celui de l’adulte concerné.

De ces constats est donc né le Modèle intégré, basé davantage sur les besoins de l’apprenant, où l’on vise le développement de compétences chez l’adulte en fonction d’une réalité immédiate, qui se traduit majoritairement par la nécessité d’intégrer un emploi. On parle ici d’une formation de courte durée axée sur le développement de diverses compétences (essentielles, génériques, langagières, etc.), qui s’appuie sur l’idée que les compétences continueront de se développer dans le cadre du travail et seront transférables dans d’autres contextes de vie. Un questionnement a d’ailleurs été soulevé en ce sens : n’est-ce pas limitatif de baser une approche andragogique uniquement sur le développement de compétences liées à l’intégration au marché du travail?
Une recherche-action basée sur le Modèle intégré devrait débuter dès cet automne parmi différentes communautés à travers le Canada.

L’évaluation à grande échelle dans les minorités linguistiques…

Jeantheau_Institut_ete2013Cette deuxième conférence, présentée par Jean-Pierre Jeantheau de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, a soulevé plusieurs questionnements. À partir des données de l’EIACA, Jean-Pierre Jeantheau a mis en évidence un problème sociolinguistique rattaché à l’administration des tests des enquêtes internationales. Fait intéressant, un pourcentage important des répondants qui se disent francophones et qui parlent le français à la maison ont passé les tests de l’enquête en anglais. Ce fait s’observe davantage chez les répondants de plus de 25 ans et n’inclut pas le Québec. Plusieurs hypothèses ont été soumises pour expliquer ce fait. Ces individus vont à l’école en français, ils sont donc davantage entraînés pour passer des tests en français lorsqu’ils ont entre 16 et 25 ans. Cependant, par la suite, leurs milieux professionnel et social s’anglicisent et leurs compétences langagières en français diminuent. Est-ce une perception plutôt qu’un fait? Ce questionnement pourrait être vérifié si ces individus passaient les tests dans les deux langues officielles. De plus, il a été mentionné que parmi les répondants les plus âgés, plusieurs n’avaient pas eu accès à une scolarité en français.
Un groupe de travail a été mis sur pied pour évaluer les résultats du PEICA en lien avec les minorités linguistiques.

Le contexte culturel…

La matinée s’est terminée sur une note davantage anthropologique. Bryan Maddox de l’Université d’East Anglia a apporté une réflexion sur les notions de contexte culturel et de système de connaissances qui peuvent influencer les résultats obtenus lors d’enquêtes. En se basant sur l’exemple de gardiens de chameaux en Mongolie, monsieur Maddox a démontré que non seulement les éléments trop étrangers au contexte culturel, mais aussi les éléments trop familiers à ce contexte peuvent influer sur les réponses fournies à un test. Cette présentation, dans le cadre du PEICA au Canada, amenait un questionnement intéressant en lien avec les résultats obtenus dans les communautés autochtones. PEICA est-il l’instrument de mesure adéquat pour évaluer un système de connaissances basé sur une réalité culturelle différente?

Les enjeux de travail et de main d’œuvre…

L’après-midi a fait place à trois présentations en lien avec le développement de compétences de la main d’œuvre.
En premier lieu, Michel Simard du Collège Lionel Groulx a présenté l’approche maintenant adoptée par le collège en termes de développement des compétences essentielles chez les étudiants inscrits en formation technique, plus précisément au niveau des attestations d’études collégiales (AEC). Une recherche de l’Association des collèges communautaires du Canada a démontré que 67 % des étudiants admis au collège se situaient sous le niveau 3. Le Collège Lionel Groulx a donc décidé d’implanter un programme de rehaussement des compétences essentielles en littératie auprès des participants en formation technique (AEC). Ainsi, les élèves admis doivent passer un test Towes à l’entrée. Ils suivent ensuite un cours d’une durée de 45 heures intitulé «Réussir mes études techniques au collégial». Un autre test Towes est administré aux élèves à la fin de ce cours pour évaluer s’il y a réellement eu développement de compétences essentielles. Monsieur Simard souligne qu’avant l’implantation de ce programme, le taux de réussite de la formation technique était de 69 % et que suite son l’implantation, ce taux est passé à 86 %. Bien que cette augmentation ne soit sans doute pas liée à ce seul facteur, il croit tout de même qu’il a un lien direct avec l’implantation du programme.

Table 2_Participants_Institut_ete2013Philippe Mondor, du Conseil canadien des ressources humaines en tourisme, et Paul Bélanger de l’Université du Québec à Montréal, ont eux, parlé des réalités dans les petites et moyennes entreprises. Ils ont indiqué que les employeurs étaient conscients de la nécessité de développer les compétences à la fois génériques, essentielles et techniques de leur main-d’œuvre. Cette problématique est due à différents facteurs : un besoin accru de main d’œuvre, qui amène souvent les employeurs à embaucher des travailleurs peu qualifiés ou encore la diversification des compétences nécessaires à la réalisation des tâches en milieu de travail. Cependant, ils ont démontré que les employeurs se sentaient peu outillés et peu soutenus pour développer les compétences de la main d‘œuvre dans leurs entreprises et, par conséquent, qu’ils étaient moins motivés à le faire. Une réalité qui concerne davantage les petites entreprises de moins de 20 employés. Les employeurs contournent souvent le problème en utilisant des pictogrammes ne nécessitant pas l’utilisation de compétences en lecture de documents. Paul Bélanger a souligné l’importance de soutenir le développement de l’ingénierie de la formation de base en entreprise afin de favoriser l’arrimage entre la demande de formation de base des employés et les besoins des employeurs.

La journée s’est achevée par une session de questions aux différents présentateurs du jour. Vendredi, dernière journée de l’Institut, seront davantage abordées les dimensions sociales liées au développement des compétences.

Julie Campeau



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