Institut d’été : accompagner chiffres et statistiques

Chroniques de l'Institut d'été, journée 3 - vendredi 28 juin


La dernière journée de l’Institut d’été a débuté par un exercice collectif qui, tout en étant très amusant et divertissant, montrait bien les éléments subjectifs associés à une activité d’évaluation. À travers des exercices de tirs et de réception de balles, de bonbons et d’œufs, les participants ont eu à commenter le déroulement des exercices de tirs tout en y annexant leur analyse. L’animateur de l’exercice, Bryan Maddox, a ainsi pu démontrer clairement l’influence positive ou négative du regard porté sur l’élément évalué.

Maddox_Institut_ete2013Comme chaque matin, les présentateurs des conférences de la veille ont pris le temps de répondre aux différentes questions écrites par les participants. Voici quelques-uns des éléments d’intérêt évoqués au cours des échanges avec les présentateurs :

Sur le PEICA…

  • Le PEICA n’offre pas de mesures adaptatives pour permettre aux individus ayant des troubles d’apprentissages de passer les tests. Il n’y a pas non plus de possibilités de nommer ses incapacités dans le questionnaire d’identification du test;
  • Il existe des outils en ligne sur le site de l’OCDE pour permettre aux individus de passer le test et de comparer leurs résultats avec ceux du PEICA. Ces outils sont actuellement en période de validation sur le terrain;
  • Les questions du PEICA ne sont pas adaptées aux différents contextes culturels puisque l’idée est de pouvoir comparer les résultats entre pays, donc d’avoir des éléments d’évaluation similaires. Cependant, les unités de mesure telles que les unités de poids, de distance et de température étaient bien entendu adaptées en fonction de l’utilisation courante d’un pays, tout comme les noms propres ou les expressions courantes;
  • Quelques pays tels que le Canada, la Hollande et l’Allemagne évoquent l’idée de réaliser des études longitudinales en lien avec les résultats obtenus dans le PEICA.

Table_Participants_Institut_ete2013Sur l’étude longitudinale présentée par Steve Reder…

  • L’étude a démontré que les formations en littératie permettaient d’améliorer les pratiques en littératie ainsi que les conditions socio-économiques des répondants. Cependant, ce type de formation n’a pas de réel impact sur le développement de compétences. Il serait donc intéressant d’évaluer l’impact des formations axées sur le développement des compétences et de l’approche dite par compétences. Il faut, selon Steve Reder, garder en tête que ce type d’évaluation doit se faire à long terme : « Il faut être patient face aux apprenants et face aux programmes… »;
  • 30 % de la population suivie lors de cette étude avait des troubles d’apprentissage. Fait intéressant, une portion de ce groupe a identifié son trouble suite au diagnostic de ce même trouble chez leur enfant. L’étude a montré l’importance de développer des approches inclusives, favorisant l’intégration des personnes ayant des troubles d’apprentissage.

Retombées de la formation en littératie en milieu de travail…

Trois études de retombées de formations en littératie en milieux de travail ont ensuite été présentées par David Gyarmati et Boris Palameta, de la Société de recherche sociale appliquée (SRSA).

La première concernait 110 entreprises et 1455 participants, dont la moitié suivait une formation en littératie de 4 à 6 semaines, à raison de 20 heures par semaine, à travers 8 provinces canadiennes. L’autre moitié ne suivait pas de formation et servait donc de groupe témoin. Cette étude a démontré qu’il existe des liens directs entre la formation et l’amélioration de la productivité d’une l’entreprise. Il a été démontré que des gains apparaissent de façon très importante suite à la formation.

Les deux autres études présentées, bien qu’elles n’aient pas bénéficié de groupes témoins, ont tout de même apporté des résultats concordants : les deux études, qui portaient sur un total de 1225 personnes, ont démontré de véritables gains après l’intervention. L’évaluation s’est principalement faite en questionnant à la fois les employés et les employeurs, qui ont globalement observé une amélioration des compétences. Une amélioration qui ne se traduisait par une augmentation de fréquence d’utilisation, mais de la complexité d’une tâche donnée. Parallèlement à l’amélioration directe en termes de compétence, les employés disent avoir augmenté la largeur de leur réseau social dans l’entreprise, ce qui leur permet de demander de l’aide auprès d’un plus grand nombre de personnes. Les employés disent également avoir augmenté leur bien-être général, ce qui se traduit par une meilleure estime de soi, plus de motivation au travail et un sentiment d’engagement accru face à l’entreprise. Les études semblent donc démontrer que ce sont les gains en compétences non cognitives qui améliorent la performance des entreprises. Une attention particulière a été portée sur les groupes à risque, comme les personnes moins scolarisées, les personnes à faibles revenus, les minorités linguistiques et les autochtones. Ces groupes semblent avoir bénéficié des mêmes impacts suite à une formation que le reste des apprenants.

Bien entendu, il a été souligné que le contexte lié à l’entreprise était primordial. Ainsi, les entreprises qui prennent en charge la gestion de la formation et qui comptent un responsable chargé des ressources humaines réussissent plus facilement à mettre en place des formations significatives et pertinentes.

De ces études, Ressources humaines et développement des compétences Canada (RHDCC) retire les messages clés suivants :

  • Il est important d’associer des activités de recherche aux différents projets d’intervention sur le terrain. Cette façon de faire permet d’évaluer les impacts des projets d’intervention et par le fait même, d’orienter les politiques;
  • Il est important de mettre en place des activités en partenariat, en s’assurant d’être complémentaire et diversifié dans les partenariats;
  • Bien qu’il faille s’assurer de répondre aux besoins des employés, il est essentiel en milieu de travail d’assurer un arrimage avec les besoins des employeurs et de leur entreprise. RHDCC souhaite inciter les employeurs à investir dans la formation, le rendement de leur investissement dans la formation doit donc être démontré.

La conférence s’est terminée sur le commentaire fort pertinent d’une participante, qui soulignait l’importance de favoriser l’innovation des pratiques des formateurs en milieu de travail afin de s’assurer d’améliorer l’impact de ce type d’intervention.

La littératie et ses impacts dans le domaine de la santé…

La journée s’est poursuivie avec une conférence présentée par Linda Jacobsen de l’Agence de la santé publique du Canada. Madame Jacobsen, tout au long d’une allocution très dynamique, a démontré les impacts d’une faible littératie sur la santé des personnes. Ces impacts sont à la fois directs et indirects. Que ce soit pour suivre les recommandations de l’Agence en terme de saines habitudes de vie, pour suivre les différentes posologies, pour accompagner un proche dans la maladie ou pour suivre une diète spéciale suite à une opération, les pratiques en littératie sont régulièrement mises à l’épreuve dans ce champs d’activités. Madame Jacobsen a repris les propos de monsieur Paul Bélanger en précisant que les gens ne sont pas moins compétents, mais que c’est le niveau de complexité qui ne cesse de s’accentuer dans le milieu de la santé publique.

Au Canada, plusieurs travaux ont été réalisés en ce qui concerne la communication dans un langage clair et simple entre les professionnels de la santé et les utilisateurs. En ce sens, il est possible de trouver sur le site du MDcme un module de formation médicale continue sur la littératie.

Tel que mentionné dans les comptes-rendus précédents, un rapport sera présenté ultérieurement sur les dimensions sanitaires et sociales des compétences, en lien avec les résultats obtenus lors du PEICA.

En conclusion à l’Institut…
Suite à cette dernière conférence de l’Institut d’été, les participants ont été invités à réfléchir en groupe sur les questionnements suivants :

  • Quels devraient être les messages centraux livrés lors de la divulgation des résultats du PEICA?
  • Comment partager et vulgariser les données du PEICA?
  • Comment travailler ensemble pour s’assurer d’une compréhension commune des enjeux?

Linda_Shohet_Institut_ete2013En résumé, les recommandations ont été de publiciser un message global clair sur l’importance de favoriser l’apprentissage tout au long de la vie et de démontrer les raisons et les impacts liés à ce concept. Un message qui ne doit cependant pas être systématiquement lié aux données du PEICA, car les personnes ne se reconnaissent pas dans ces données, dans ces chiffres. Par ailleurs, bien qu’il soit question d’un message global, plusieurs intervenants estiment qu’il est essentiel que chaque organisation puisse y intégrer les éléments propres à sa réalité afin de rejoindre son public. De plus, il a aussi été souligné l’importance de dire et de redire que la publication des données ne représente pas une fin en soi. Il faut que la population s’approprie ces données et donne suite à leur publication à travers des activités d’éducation et de conscientisation. Pour finir, il est primordial d’associer un message social aux chiffres!

Ce n’est donc qu’un début!!!

Julie Campeau



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