Une étude longitudinale qui secoue les perceptions…

Entrevue avec Stephen Reder – Première partie


Allons droit au but!

Stephen Reder. Institut d'été 2013, Montréal

Ce qui m’a fascinée dans les travaux de Stephen Reder, c’est la compréhension aiguë des différentes relations qui existent entre le développement des habiletés en littératie, l’engagement dans des pratiques en littératie, le développement des compétences en littératie et les avantages socioéconomiques engendrés par ces interrelations, chez l’adulte, et ce, tout au long de sa vie. Ces interrelations nous obligent à revoir les modèles de formation permettant aux adultes de développer leurs compétences de façon continue.Ça semble confus, je vous explique…

Stephen Reder est président du Département de linguistique appliquée de l’Université d’État de Portland, où il dirige notamment l’Étude longitudinale sur la formation des adultes (Longitudinal Study of Adult Learning – LSAL) et l’«école laboratoire» ESOL (English for Speakers of Other Languages).

L’étude longitudinale (LSAL) a suivi le parcours de 940 individus, âgés de 18 à 44 ans, sans première qualification, dont près de la moitié suivaient un programme de formation et l’autre pas. L’étude s’est déroulée sur neuf ans, entre 1998 et 2007. Pendant cette période, six entrevues ont été faites, servant à mesurer le développement des pratiques en littératie et les avantages observés dans le contexte socioéconomique de l’adulte. Puis, on a réalisé six évaluations des compétences à partir de tests normalisés. Ces entrevues et ces évaluations ont eu lieu à intervalles réguliers au domicile des personnes interrogées. Afin de maintenir un lien avec les répondants, le personnel LSAL communiquait régulièrement avec ces derniers entre les entrevues et les évaluations. On a ainsi retenu 90 p. cent de l’échantillonnage initial.

Cette étude a dévoilé plusieurs constatations qui peuvent sembler à priori évidentes. Cependant, une fois analysées, elles permettent de mieux comprendre les modes d’apprentissage de l’adulte et par le fait même, de revoir la façon de planifier les programmes et les activités de formation.

Des programmes qui n’améliorent pas automatiquement les compétences en littératie

Par exemple, Stephen Reder explique que  « les programmes de formation en littératie permettent le développement de pratiques en littératie, mais pas nécessairement le développement des compétences dites essentielles. Si un programme de formation amène l’adulte à lire un livre, le journal ou encore une revue en classe, l’adulte aura tendance à poursuivre cette pratique à la maison. Par contre, après le programme de formation, l’adulte ne verra pas automatiquement ses compétences en littératie améliorées. Ce qui signifie que si l’adulte doit extraire une information à partir d’un texte afin de l’utiliser adéquatement dans un contexte, il ne sera pas nécessairement plus compétent pour le faire suivant son passage dans un programme de formation.»

Il ajoute cependant que « l’étude a démontré que l’augmentation de l’engagement dans des pratiques en littératie (lecture de livres avec les enfants, calcul des factures mensuelles à payer, etc.) augmente à long terme les compétences essentielles des adultes. Logiquement, plus l’adulte adopte des pratiques quotidiennes en littératie, plus il sera en mesure d’améliorer son niveau de compétences à long terme. Les programmes de formation doivent donc soutenir l’engagement dans ces pratiques, en fonction des besoins de l’adulte, à un moment précis de son cheminement. »

Dans la deuxième partie de l’entrevue, Stephen Reder explique que les programmes de formation doivent tenir compte du fait que les adultes ne sont pas toujours disponibles pour suivre une formation et que leurs besoins évoluent dans le temps. L’offre de formation doit donc être adaptée, multiforme et favoriser divers types d’apprentissages.

Julie Campeau



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