Des besoins diversifiés, complexes et en interaction…


L’adulte doit développer des compétences tout au long de sa vie en fonction des différentes situations qu’il rencontre. Des compétences qui lui permettent de fonctionner dans son milieu de travail, dans sa famille et dans sa communauté. Cependant, il peut arriver que certaines de ces compétences soient mal acquises ou ne le soient pas. Des recherches, parmi lesquelles l’Étude longitudinale sur la formation des adultes (LSAL), en sont arrivées à conclure qu’il s’avère plus pertinent d’élaborer des programmes de formation de courte durée, en lien avec les besoins ponctuels de l’adulte et qui se déroulent dans le contexte propre à la situation vécue.

Ces situations mettent en scène plusieurs acteurs qui ont à leur tour différents besoins. Il est donc essentiel d’arrimer ces besoins pour s’assurer de l’investissement de tous, afin d’offrir à l’adulte un environnement adéquat qui lui permettra de développer en continu les compétences qui lui sont nécessaires.

Voici des exemples intéressants d’arrimage…

Le ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail du Nouveau-Brunswick a collaboré avec les entreprises, l’industrie, les organismes communautaires et les syndicats afin de présenter la formation sur les compétences essentielles au travail (CET). Cette formation est adaptée aux besoins précis du milieu de travail et à ceux des employés.

Illustration Article 8_PetiteLa première étape consiste à définir le profil de chaque poste de l’entreprise, les compétences essentielles liées à ces postes ainsi que le niveau nécessaire d’acquisition de ces compétences. Ensuite, lors de rencontres individuelles, les compétences essentielles des employés sont évaluées afin de cerner celles qui pourraient être améliorées.

Ces deux étapes permettent de concevoir un programme lié aux besoins de formation des employés, tout en utilisant comme situations d’apprentissage les tâches réelles correspondant aux différents postes de l’entreprise ainsi que le matériel nécessaire à leur réalisation. L’employeur voit donc les répercussions directes de son investissement dans la formation, tandis que l’employé développe des compétences essentielles qu’il pourra mettre en pratique à la maison et dans la communauté (1).

The Central Gateway for Families Project (2), à Chilliwack en Colombie-Britannique, est un autre exemple intéressant d’arrimage de besoins, mais dans un tout autre contexte.

Dans ce projet cadre d’alphabétisation familiale, on offre des programmes pour petits enfants et pour enfants d’âge préscolaire en parallèle avec les cours pour adultes. On favorise le développement physique, cognitif, social et langagier des enfants qui y sont inscrits. Les adultes ont accès à plusieurs cours : la nutrition prénatale, le développement de l’enfant, les aptitudes aux études, l’anglais langue seconde, les connaissances en informatique, la lecture en famille, les capacités de communiquer, les connaissances de base, les compétences parentales et l’aptitude au travail. Parents et enfants vivent des moments privilégiés ensemble.

Illustration Article 8_Alpha Fam_PetiteLes familles affirment que leur participation au programme leur a donné une meilleure compréhension de ce qui favorise l’acquisition des compétences chez les enfants, et les a incitées à changer le climat et les pratiques à la maison afin de les rendre plus propices à l’apprentissage. Ainsi, les parents ont pu développer leurs compétences tout en répondant aux besoins de leurs enfants.

Ces exemples illustrent une intention réelle de répondre aux différents besoins des adultes en tenant compte du contexte dans lequel ils évoluent. Mais qu’en est-il des adultes peu alphabétisés? Ceux qui ne sont pas déjà en emploi ou qui n’arrivent pas à surmonter les nombreuses barrières psychologiques, institutionnelles et autres afin de participer à de telles formations. Malheureusement, plusieurs chercheurs ont démontré qu’ils sont peu nombreux à participer à ce type de projets. On estime qu’au-delà des raisons déjà citées, ce faible taux de participation résulte de systèmes de formation des adultes complexes, incohérents et incomplets. En d’autres termes, bien qu’il existe une multitude de programmes offerts, il semble difficile d’y accéder. De plus, ils se font souvent concurrence plutôt que d’agir en collaboration et en complémentarité, selon la diversité et la complexité des besoins des adultes.

C’est suite à ces constats que le RESDAC a élaboré son Modèle intégré au service du développement de l’alphabétisme des francophones du Canada. Ce Modèle propose une approche axée sur le développement continu des compétences pour répondre aux besoins complexes et multiples des apprenants adultes peu alphabétisés. Cette approche andragogique suggère « un processus d’alphabétisation qui s’intègre dans une initiative de formation plus globale où l’accent porte sur les volets de la formation qui correspondent aux besoins ressentis des apprenants adultes. Ces initiatives intégrées, par leur nature multiprogrammes et multipartenaires, engendrent diverses ententes de collaboration et de concertation entre les différentes instances locales (3) ». Dès l’automne 2013, une recherche action mettant en application ce modèle se déroulera sur deux ans dans quatre communautés : en Saskatchewan, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

Julie Campeau

1 – Counsell, A. «The balancing act», Literacy Express, Canadian Literacy and Learning Network, Summer 2012, p. 4-5. http://issuu.com/literacyexpresscanada/docs/literacy_express_workplace_issue_final
2 - Sanders, M. et Shively, J., (2007). Pratiques prometteuses en matière de programmes d’alphabétisation familiale. Ottawa, Institut Vanier de la famille. http://www.bdaa.ca/biblio/recherche/ppmpaf/ppmpaf.pdf
3 - Lurette, D., (2011). Pour un modèle intégré au service du développement de l’alphabétisme des francophones du Canada. Ottawa, RESDAC.



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