Institut d’automne : comprendre les résultats PEICA

Chroniques de l'Institut d'automne, journée 1 - dimanche 27 octobre 2013


Le PEICA au Canada : donner un sens aux résultats

Présentation Normand_Jour 1 Institut_Oct2013Suite à l’ouverture officielle de la journée, qui s’est déroulée sous forme de prestation théâtrale, et au tour d’horizon des sujets abordés lors de cet institut, Patrick Bussière d’Emploi et développement social Canada (EDSC) a tenu le premier exposé de la journée intitulé Le PEICA au Canada : donner un sens aux résultats. Il a débuté en situant les résultats des canadiens en fonction des moyennes internationales. Ainsi, en ce qui a trait à la littératie, les Canadiens se situent dans la moyenne des pays ayant participé à l’enquête. Cependant, cette moyenne est obtenue à partir d’écarts importants. Bon nombre de Canadiens ont obtenu des scores les situant dans les niveaux 1 et 2 de littératie et une autre proportion importante se situe dans les niveaux supérieurs. Peu d’individus se situent au niveau médian, soit le niveau 3. En ce qui concerne la numératie, les résultats obtenus par les Canadiens se situent sous la moyenne de l’OCDE, une forte proportion de répondants ayant obtenu des scores les situant aux niveaux 1 et 2. En ce qui concerne la résolution de problèmes dans un environnement à forte composante technologique, les Canadiens se débrouillent en général relativement bien, toujours en comparaison avec la moyenne de l’OCDE.

Les tests du PEICA pouvaient être administrés en version informatique ou papier. Ces versions étaient adaptées en fonction de leur support. Ainsi, les répondants devaient en premier lieu dire s’ils avaient un minimum d’expérience avec l’univers informatique. Parmi ces répondants canadiens, 4,5 % n’avaient aucune expérience de l’informatique et répondaient donc automatiquement à la version papier et par le fait même, ne répondaient pas aux questions en lien avec la résolution de problèmes dans un environnement à forte composante technologique. De plus, 6,3 % des répondants canadiens qui avaient une certaine expérience de informatique ont quand même refusé de passer le test sur ordinateur. Ensuite, les répondants toujours en liste devaient passer un simple test permettant d’évaluer leurs habiletés de base en informatique. Parmi ceux-ci, 5,9 % ont échoué. Ainsi, 81, % des répondants canadiens au PEICA l’ont fait par informatique et ont donc répondu aux questions relatives à la résolution de problèmes dans un environnement à forte composante technologique.

Toujours en ce qui concerne cette variable, les résultats par province sont relativement similaires, bien qu’au Nunavut près de la moitié des répondants n’aient pas été en mesure d’utiliser l’informatique. Les résultats par groupe d’âge ne sont pas très surprenants, les niveaux diminuant avec l’âge.

Pour bien situer les lecteurs, une des tâches de niveau 1 en résolution de problèmes en environnement à forte composante technologique consistait, suite à une invitation électronique à un évènement, à classer les réponses affirmatives et négatives dans des dossiers différenciés. Pour ce qui est du niveau 3, les individus avaient la tâche, par exemple, de gérer la réservation d’une salle de réunion en fonction des disponibilités de chacun, avec comme contrainte l’absence d’une date faisant l’unanimité. L’individu devaient donc rechercher une date optimale et procéder par la suite à la réservation de la salle.

Comme conclusion à son exposé, Patrick Bussière a souligné qu’il est important de retenir que l’on retrouve des individus à tous les niveaux. Ainsi, des gens occupant des emplois satisfaisants peuvent se situer à des niveaux inférieurs, tout comme des gens possédant un niveau de compétences très élevé peuvent être en situation d’emploi précaire. Ce n’est qu’un exemple de situation parmi tant d’autres. Le message étant de faire attention aux généralisations rapides, puisqu’il y a bon nombre de subtilités.

Les participants à l’Institut ont par la suite adressé différentes questions à Patrick Bussière. Parmi ces questions, retenons l’intérêt accordé à la question autochtone. Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’administration de tests dans les réserves ? Celui-ci a clairement expliqué que la décision avait été prise en fonction des contraintes techniques et en particulier du manque de temps et de financement pour réaliser une enquête de qualité dans les différentes réserves. Plusieurs personnes ont tenu à exprimer leur déception sur le sujet.

Les évaluations internationales des compétences, au Canada et à l’étranger

Suite à ce premier exposé, un panel composé de JD Carpentieri de l’Angleterre, de Heidi Silver Pacuilla des États-Unis, de Silvano Tocchi du Canada, de Soon Joo Gog de Singapour et de Manuel Cardoso, a échangé sur les évaluations internationales des compétences, au pays et à l’étranger. En ce qui concerne l’interprétation des résultats en Angleterre et aux États-Unis, un intérêt médiatique a été porté sur les faibles résultats obtenus par le groupe d’âge des 16-24 ans. Le gouvernement britannique a donc accordé principalement son attention à l’amélioration des programmes s’adressant à la petite enfance et à la jeunesse. Au Canada, l’intérêt s’est davantage tourné vers les résultats en lien avec la résolution de problèmes dans un environnement à forte composante technologique. En ce qui concerne Singapour, les résultats du PEICA ne sont pas encore sortis. Cependant, Madame Joo Gog a précisé que le pays n’attendra pas ces résultats pour agir, même s’ils permettront d’orienter et d’appuyer les programmes mis en place. En ce qui concerne l’évaluation LAMP qui concernait les taux d’alphabétisation des populations de la Mongolie, du Paraguay, de la Palestine et de la Jordanie, Manuel Cardoso a précisé qu’elle a permis de détecter une amélioration au niveau de l’accès à la formation pour les jeunes et les femmes. Cependant, cette accessibilité ne signifie pas pour autant une accessibilité au marché du travail. D’un point de vue politique, l’ensemble des pays s’entendent pour dire qu’il est important d’utiliser ces résultats afin d’améliorer la coordination entre les différents acteurs, puisque le développement des compétences est l’affaire de tous.

Compétences, emploi et non-concordance de compétences

Présentation Rainville_Jour 1 Institut_Oct2013L’après-midi a débuté par une présentation sur la non-concordance de compétences, un phénomène encore mal expliqué et que tous les pays expériencent à des degrés divers. Il s’agit le plus souvent d’une surqualification des personnes, par rapport au type d’emploi qu’elles occupent, mais il peut également s’agir de sous-qualification.

Francis Green, Institute of Education, Université de Londres et Bruno Rainville, Emploi et Développement social Canada (EDSC), se sont succédés sur le sujet, expliquant que les emplois nécessitent de plus en plus de qualifications et celles-ci doivent être de plus en plus variées. Francis Green évoquait une tendance à l’amélioration de cette non-concordance de compétences, l’attribuant aux ajustements effectués par les employeurs lorsque ceux-ci réalisent qu’il est intéressant pour eux de conserver des employés qualifiés en leur permettant de mieux exploiter leurs compétences au sein de l’entreprise.

Bruno Rainville a souligné que la non-concordance de compétences n’est pas facile à mesurer, même si l’on suppose que chaque poste exige un niveau de scolarité précis. Les évaluations du PEICA se basent sur les déclarations faites par les personnes répondantes : elles ont elles-mêmes estimé, en répondant à une série de questions, si leurs compétences correspondaient au poste qu’elles occupent ou pas. Pour lui, les 1ères analyses des résultats du PEICA ne permettent pas de déterminer si la tendance est à la hausse ou à la baisse de la non-concordance, mais une analyse plus poussée des données déclaratives va permettre de mieux comprendre la dynamique de ce phénomène.

C’est Ralf St. Clair, de l’Université McGill à Montréal, qui s’est chargé de faire une synthèse des principaux points soulevés au cours de la journée :

Il s’est d’abord réjouit d’avoir entendu de nombreuses fois les participants demander comment interpréter les résultats du PEICA ou quel usage faire de ces premiers résultats : l’Institut a justement pour but d’essayer d’apporter des réponses, ou au moins des éléments de réponses à ces questionnements… Il a ensuite commenté sur l’absence de certaines catégories de la population canadienne : les autochtones résidant dans des réserves n’ont pas pu être interrogés, alors que ces communautés voient une croissance exponentielle du nombre de leurs jeunes; et les personnes de plus de 65 ans ayant été exclues de cette enquête. Il a également regretté la vision utilitariste du développement de compétences adoptée par l’OCDE, avec des individus observés sous l’angle de l’employabilité et de l’adéquation avec le marché du travail plutôt que leur relation avec la communauté et leur épanouissement personnel. Il a ensuite exprimé son inquiétude au sujet de l’explication simpliste qui veut que les problèmes d’éducation soient liés à la scolarité des jeunes et qu’en réglant les difficultés dans les écoles, l’ensemble du problème de l’amélioration des compétences se trouve réglé. Il a souligné que l’accélération des changements enregistrés ces 30 dernières années, notamment au niveau des types d’emplois et des compétences accrues qu’ils nécessitent, rendent obligatoire l’acquisition de compétences en continu tout au long de la vie professionnelle. Enfin, il a conclu en rappelant son point initial et le fait que la grande quantité de données récoltées par le PEICA va devoir être analysée et exploitée.

Les participants ont ensuite été invités à discuter de la façon dont les sujets abordés en cours de journée se rapportent à leur travail.

Panel fin_Green_Jour 1 Institut_Oct2013Puis l’ensemble des panelistes de la journée ont répondu à de nombreuses questions des participants, concluant par un tour de table sur la façon dont ils voient les résultats : une immense opportunité de mieux comprendre les interrelations entre les compétences et l’emploi, ainsi que l’évolution de ces compétences depuis trois décennies. Une opportunité qui ne doit pas être gaspillée.

Julie Campeau et Laurence Buenerd



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