Deux questions
à Jean-Pierre Corbeil

Directeur adjoint à la Section des statistiques linguistiques de Statistique Canada


Pour quelles raisons est-ce aussi difficile de récolter des données sur les réserves autochtones au Canada?

D’abord, il faut savoir qu’aucune enquête autre que les recensements (ou l’enquête sur les ménages de 2011) n’est administrée dans les réserves autochtones.

Les réserves autochtones du Canada sont sous administration autonome, il faut donc obtenir des approbations des autorités locales, ce qui prend du temps.

Sur les réserves, il faut également que les questionnaires soient administrés en langues autochtones, ce sont donc des représentants autochtones ou des associations qui s’en chargent.

Mener une enquête sur une réserve présente une complexité et des contraintes techniques et logistiques qui font que souvent, comme c’est le cas pour l’Enquête PEICA, les populations évaluées sont hors réserves.

À savoir : le PEICA a interrogé environ 5 000 Canadiens autochtones, ce qui est un échantillon équivalent à la totalité de l’échantillon de population de certains pays participants. Les données de l’Enquête auprès des peuples autochtones (EAPA) seront publiées très bientôt, en novembre 2013, par Statistique Canada.

 

Comment interpréter les chiffres du PEICA qui montrent une faible différence de compétences entre immigrants récents et immigrants bien installés au Canada?

D’abord, il y a différentes formes d’immigration : des réfugiés, des regroupements familiaux, des immigrants économiques et des immigrants « choisis ». Quel que soit le bagage initial des nouveaux immigrants, il ont plusieurs défis à surmonter : une reconnaissance de leurs diplômes ou de leurs acquis, l’acquisition de l’une des langues officielles et l’intégration du marché du travail canadien.

On pourrait penser que les immigrants installés depuis quelques années ont intégré le marché du travail et acquis une expérience « canadienne » significative, maîtrisent l’une des deux langues officielles et ont trouvé un emploi qui corresponde à leur formation ou leurs qualifications.

Ce n’est pas toujours le cas, pour plusieurs raisons :

L’intégration sur le marché du travail est de plus en plus difficile pour les immigrants, en particulier en période de récession économique.

Dans les grandes villes qui reçoivent d’importantes vagues de migration comme Vancouver, Toronto ou Montréal, il existe des « niches ethniques » qui ne favorisent ni la maîtrise de l’une des deux langues officielles, ni la mobilité professionnelle.

On peut penser que si les chiffres sont proches, c’est en partie parce que les nouveaux immigrants possèdent, depuis que les critères de sélection ont été renforcés ces dernières années, un meilleur niveau d’éducation et de compétences. Et que les immigrants de longue date ont accédé au marché du travail, mais n’ont que peu évolué professionnellement.

À savoir : le Canada est le 2e pays d’immigration au monde après l’Australie et la croissance de la population canadienne est largement le fruit de cette immigration.



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