PEICA : un bilan des politiques
et des pratiques…

Chroniques de l'Institut d'automne, journée 3 - mardi 29 octobre 2013


La 3e journée de l’Institut a démarré comme chaque matin avec un résumé des points marquants des discussions de la veille fait en anglais par Linda Shohet et en français par Normand Lévesque : manque de formation des formateurs, perception des personnes apprenantes sous un angle presqu’exclusivement économique, technologies comme outil ou comme frein à l’apprentissage, questionnements pertinents ou pas… Et une remarque finale sur la capacité des praticiens à prédire l’avenir sur trois à cinq ans, quand la mise en place de politiques éducatives se compte en décennies.

Deux exposés ont ensuite présenté le point de vue de la recherche sur des aspects en lien avec les enquêtes internationales :

Doctorantes_Jour 3_Institut Oct 2013Christine Pinsent-Johnson, étudiante au doctorat à l’Université d’Ottawa, a soulevé les problèmes liés à l’utilisation des éléments d’évaluation des enquêtes internationales à des fins pédagogiques en développement des compétences en littératie. Pour elle, ces tests sont souvent décontextualisés et font appel à d’autres compétences, que ne possèdent pas nécessairement les adultes, sans pour autant évaluer leurs compétences réelles. Sa démonstration s’appuyait aussi sur le fait que les adultes doivent souvent davantage mettre en action leur ténacité, leur résilience et leur capacité de recontextualisation lorsqu’ils effectuent de tels tests, plutôt que leurs compétences en littératie. Christine Pinsent-Johnson à rappelé l’importance de ne pas développer des programmes de formation et de financement à partir d’un point de vue restrictif, mais à travers une vision globale, afin de rejoindre le plus grand nombre de facettes du développement chez l’adulte.

Audrey Gardner, étudiante au doctorat à l’Université de Toronto, a elle, soulevé la question de la perception des apprenants à travers les différents rapports écrits d’une multitude d’organismes ou d’agences gouvernementales au cours des vingt dernières années. Cette analyse des discours mettait en lumière une vision tantôt négative, tantôt paternaliste des adultes ayant de faibles niveaux de littératie et de numératie. Or, selon elle, il est essentiel de valoriser ces adultes, de les voir comme des personnes et non pas comme des problèmes, et de faire en sorte qu’ils participent davantage à l’interprétation des résultats des enquêtes.

En conclusion à ces deux exposés, l’accent a été mis sur l’importance de contextualiser le développement des compétences dans une approche globale, en tenant compte de l’ensemble des besoins des individus, dans toute leur complexité et en s’appuyant sur leurs forces.

Panel Donald_Jour 3_Institut Oct 2013Nouveaux modèles de formation des adultes : une histoire institutionnelle et communautaire

Le panel suivant portait sur les nouveaux modèles de formation des adultes.

Elaine McPhee, présidente du NorQuest College à Edmonton, Alberta, a parlé de son expérience avec la population de travailleurs venus se chercher au Collège un complément de formation pour pouvoir intégrer les grands sites d’exploitation gazière et pétrolière du Nord de l’Alberta. Parmi eux, 60 % n’ont pas l’anglais comme langue maternelle, 25 % se déclarent autochtones et 25 % ont été diagnostiqués avec des troubles d’apprentissage ou mentaux. Lorsqu’elle est arrivée au Collège, les programmes suivaient plus ou moins les curriculums de l’éducation primaire et secondaire, trop difficiles pour bon nombre d’apprenants avec des historiques de vie complexes et parfois, des handicaps. L’équipe du Collège a choisi de recréer des programmes centrés sur les personnes et aujourd’hui, le processus d’évaluation d’une personne qui arrive au Collège dure deux mois, sa préparation à un cursus personnalisé deux autres mois et ensuite, quatre mois supplémentaires lui permettent d’avancer dans le programme de formation élaboré en fonction de ses intérêts. La variété de l’offre de formation est bien meilleure, les taux de réussites le sont aussi.

Donald Lurette, andragogue et consultant pour divers organismes, a présenté un projet de recherche qui sera mené par le RESDAC dans quatre communautés francophones et quatre communautés anglophones des quatre provinces suivantes : Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Ontario et Saskatchewan. Il a commencé par un historique du projet qui a son origine au début des années 90 alors qu’il travaillait avec le CAP de Hawkesbury : comment inciter plus d’adultes au chômage à suivre les formations proposées par cet organisme ? D’abord en réalisant que l’offre était inadaptée, puis en travaillant à recentrer les programmes sur les personnes apprenantes. Une démarche qui a permis, quelques années plus tard, l’élaboration de son Modèle intégré au service du développement de l’alphabétisme des francophones du Canada. Le projet qui démarre s’attachera à élaborer de nouvelles pratiques de formation, de nouvelles pratiques de conception andragogique, de nouvelles pratiques de partenariats communautaires et s’intéressera aux cadres de politiques et aux cadres financiers à mettre en œuvre pour appuyer ce type d’approche intégrée.

C’est  Stephen Reder, Ph.D., professeur de linguistique appliquée de l’Université de Portland, Oregon, qui a commenté les deux présentations, regrettant notamment que les «mêmes opportunités pour tous les adultes» dont parle le rapport du PEICA n’existent pas sur le terrain. Il a conclu sur l’importance de politiques permettant l’expérimentation et la mise en place de programmes novateurs, à l’image des deux exemples présentés par Elaine McPhee et Donald Lurette.

Après la pause, le panel suivant s’est justement intéressé aux politiques mises en place dans les différentes provinces canadiennes.

Regard vers le passé et le futur : réflexions d’intervenants des provinces et territoires

Paddy Buckley, du ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario, a d’abord rappelé que les compétences sont du ressort de trois agences différentes en Ontario, et que le développement du capital humain est considéré une priorité gouvernementale. C’est au niveau des pratiques sur le terrain que son Ministère regarde comment améliorer les taux de réussite des apprenants adultes, en diminuant la taille des classe, en intégrant le tout récent cadre du CLAO et en investissant dans plus de 300 centres de formation à travers la province. Pour ce qui est des résultats du PEICA, une recherche de partenariats est en cours pour analyser de façon approfondie les données de la province.

Mark Walle, statisticien pour le Gouvernement du Nunavut, a remis en contexte l’enquête du PEICA dans le Nord : 42 % des répondants avaient pour langue maternelle l’Inuktitut, la population du Nunavut compte une grande quantité de jeunes et les niveaux d’alphabétisme sont globalement dans la moyenne. Les résultats du PEICA n’ont pas révélé de grande surprise et comme toutes les provinces et territoires, le Nunavut va travailler sur des analyses plus poussées des données du Territoire. Cependant, selon lui, les premiers chiffres montrent que les politiques mises en place ces dernières années vont dans la bonne direction.

Salle_Jour 3_Institut Oct 2013Karen Gatien, du ministère du Travail et de l’Enseignement postsecondaire de la  Nouvelle-Écosse, a regretté que la  publication des résultats du PEICA n’aient eu aucune attention médiatique dans sa province, la date choisie correspondant aux élections provinciales. Ce qui est notable au niveau de ces résultats, c’est les faibles scores des jeunes de 18-24 ans, ce qui lui fait dire que son Ministère va devoir travailler plus étroitement avec celui de l’éducation. L’autre donnée intéressante concernait les scores également médiocres des jeunes en numératie : un portrait assez semblable à celui des États-Unis et qui a relancé le débat sur les besoins de main-d’œuvre de la province dans des emplois à forte teneur en sciences, technologies, etc. Des besoins que la relève ne sera sans doute pas capable de combler. La publication des résultats a donc surtout remis l’emphase sur la nécessité pour la Nouvelle-Écosse de mieux aider les adultes à accéder et tirer profit des formations disponibles. Karen Gatien reste cependant optimiste parce que la moyenne d’âge des adultes qui retournent en formation est inférieure à 30 ans alors que la population de la province est vieillissante.

Miriam Crammond, conseillère au ministère de l’Éducation postsecondaire, Formation et Travail du Nouveau-Brunswick, a aussi regretté l’absence de « buzz » autour des résultats du PEICA dans sa province. Elle a rappelé que suite aux résultats de la précédente enquête de 2003, la province avait mis en place des approches plus novatrices, avec notamment une Stratégie provinciale qui a permis d’impliquer de nombreux partenaires et d’améliorer l’offre de service. Elle a aussi rappelé qu’il ne faut pas demander au PEICA l’impossible : aucun adulte ne poussera la porte d’un centre de formation suite à sa lecture du rapport… Par contre, la province est en train d’adapter le questionnaire pour en faire un outil d’évaluation utilisable par tous les organismes de la province. Une version bêta est actuellement en phase de test sur le terrain, elle devrait être finalisée en mars 2014. Et comme la plupart des provinces, la Nouvelle-Écosse est en train de réfléchir et d’approcher des partenaires potentiels pour réaliser des analyses fines des résultats qui la concernent.

C’est Michel Robillard, directeur général de la Coalition ontarienne de formation des adultes (COFA), qui a délivré la conclusion de ce dernier panel : les données du PEICA n’ont généralement pas été la source de grosses surprises, elle vont contribuer à soutenir les politiques déjà en place ou qui sont en train de l’être. Il faudra, pour optimiser ces politiques, que l’ouverture reste de mise par rapport aux expérimentations sur le terrain, que des ajustement puissent se faire et que le dialogue constructif qui existe entre les partenaires se poursuive…

Co-organisateurs_Jour 3_Institut Oct 2013Avec ce dernier panel s’achevait le cycle des présentations qui ont été suivies d’une dernière série de questions et de discussions autour des différentes tables.

Linda Shohet a ensuite fait les remerciements d’usage et invité tous les participants à revenir pour le 3e et dernier Institut du cycle du PEICA en juin 2014.

Julie Campeau et Laurence Buenerd



Partager
Mots-clés
Written by admin